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Mistral lève 3 milliards d'euros, la plus grosse levée technologique européenne

Valorisation au-dessus de 21 milliards, Samsung en tête de tour. L'Europe a enfin un acteur dont la taille correspond au marché où il joue.

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L'essentiel en 30 secondes ⚡
Mistral a annoncé une levée de série D d'environ 3 milliards d'euros, pour une valorisation post-opération supérieure à 21 milliards d'euros. L'entreprise la présente comme la plus importante levée en fonds propres jamais réalisée par une société technologique européenne. Samsung Electronics mène le tour aux côtés d'un fonds européen de croissance et d'un investisseur existant, avec la participation d'autres grands gestionnaires d'actifs.

Nous documentons depuis des mois l'écart de moyens entre l'Europe et les autres blocs. Voici l'événement qui le réduit le plus depuis le début de l'année.

Ce que ce montant représente vraiment

Il faut poser les ordres de grandeur, parce que c'est là que se situe l'information.

Trois milliards d'euros est considérable pour l'Europe. Nous rapportions il y a une semaine un supercalculateur public à 388 millions d'euros, en soulignant l'écart avec les investissements privés américains. Cette levée est huit fois supérieure.

Rapporté aux acteurs de tête, l'écart demeure. Nous avons couvert un bail d'infrastructure de 9,1 milliards de dollars signé par un seul laboratoire, et une entreprise américaine annonce désormais un rythme de revenus dépassant 30 milliards. Mistral joue toujours dans une catégorie inférieure.

Mais il y a une différence entre être distancé et être hors jeu, et cette levée fait passer d'un statut à l'autre.

Ce que la composition du tour révèle

Le plus intéressant n'est pas le montant, c'est qui met l'argent.

La présence de Samsung en chef de file est un signal industriel. Ce n'est pas un investisseur financier cherchant une plus-value : c'est un fabricant de composants et d'appareils, qui a besoin de modèles pour ce qu'il produit. Ce type d'investisseur apporte des débouchés autant que des capitaux.

La présence d'un fonds européen de croissance importe aussi. L'un des reproches récurrents faits à l'écosystème européen est que ses entreprises prometteuses partent se financer ailleurs, et finissent par y déménager. Un tour mené depuis l'Europe, avec un partenaire industriel asiatique, dessine une autre configuration.

Le positionnement, qui explique l'intérêt 🇪🇺
Mistral occupe une place que nous avons décrite plusieurs fois sans la nommer : celle du fournisseur qui publie une partie de ses modèles en poids ouverts et vend le reste, dans une juridiction où le cadre réglementaire est le plus construit. Pour une entreprise européenne soumise au règlement sur les données, un fournisseur soumis au même droit résout un problème que ni un acteur américain ni un acteur chinois ne résout. Nous rapportions que la moitié du Fortune 500 privilégie désormais l'hébergement interne précisément pour cette raison.

Ce que ça ne change pas

Trois limites, et il faut les poser pour ne pas raconter une histoire fausse.

La production de puces. L'Europe détient des maillons critiques de la chaîne, notamment sur les équipements de fabrication sans lesquels aucune puce avancée ne se produit nulle part. Elle ne fabrique pas d'accélérateurs à grande échelle. Trois milliards d'euros n'y changent rien.

L'écart de calcul. Nous rapportons ce matin même que la Chine vise à quadrupler sa capacité d'ici 2030 avec des centaines de milliards d'investissement. Les ordres de grandeur ne sont pas comparables.

La position par défaut. Ce qui décide de l'adoption n'est pas seulement la qualité du modèle mais l'endroit où l'utilisateur le rencontre. C'est ce que nous relevions à propos de Gemini franchissant le milliard d'utilisateurs malgré ses difficultés de modèle : la distribution compte davantage que la performance.

Ce qu'il faut retenir

Cette levée ne fait pas de l'Europe un acteur de premier plan, et il serait naïf de le prétendre. Elle fait quelque chose de plus modeste et de plus utile : elle assure qu'il existe une option européenne crédible pour les entreprises qui en cherchent une.

C'est peut-être la bonne manière de poser l'enjeu. Nous écrivions dans notre comparatif modalité par modalité que la question du meilleur modèle devient secondaire devant celle des conditions d'accès : à quel prix, sous quel droit, avec quelle possibilité d'héberger soi-même.

Sur ces trois critères, disposer d'un fournisseur soumis au droit européen a une valeur que ne mesure aucun benchmark. C'est probablement là que se situe le retour sur ces trois milliards.

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