L'entreprise commune européenne pour le calcul haute performance a signé le 31 août un contrat d'environ 387,8 millions d'euros pour construire un supercalculateur dédié à l'IA en Finlande. La machine visera environ dix fois la capacité d'IA et deux fois le débit de calcul scientifique de l'installation actuelle. Elle sera équipée d'accélérateurs et de processeurs AMD.
Nous documentons régulièrement les investissements américains et chinois en infrastructure. Voici l'engagement européen, et deux détails méritent l'attention.
Le premier détail : l'ordre de grandeur
388 millions d'euros est un montant considérable pour un équipement de recherche public européen. Rapporté aux investissements privés que nous couvrons, c'est autre chose.
Nous avons rapporté un bail de centre de données de 9,1 milliards de dollars signé par un seul laboratoire, et un partenariat de 3,5 milliards pour une entreprise défendant sa position.
L'écart est d'un facteur dix à vingt-cinq. Cela ne rend pas l'investissement européen inutile — un supercalculateur public sert la recherche, pas un service commercial — mais cela situe les moyens. L'Europe joue dans une catégorie différente, et il vaut mieux le dire clairement que de célébrer un rattrapage qui n'a pas lieu.
Le second détail : le fournisseur
C'est probablement l'information la plus significative. La machine reposera sur des accélérateurs AMD plutôt que Nvidia.
Nous avons décrit toute la semaine la position dominante de Nvidia et les efforts de ses clients pour s'en affranchir : la puce maison d'OpenAI, les accélérateurs de Google et d'Amazon, le silicium chinois.
Ce choix s'inscrit dans le même mouvement. Il montre qu'une alternative crédible existe pour ce type de charge, ce qui n'allait pas de soi il y a deux ans, l'écosystème logiciel de Nvidia constituant l'essentiel de son avantage.
Faisons le point honnêtement. L'Europe dispose d'un cadre réglementaire, de maillons critiques dans la chaîne des semi-conducteurs — notamment les équipements de lithographie sans lesquels aucune puce avancée ne se fabrique nulle part — et d'acteurs crédibles comme Black Forest Labs sur l'image. Ce qui lui manque, c'est la capacité de production à grande échelle et les capitaux privés. Un supercalculateur public ne comble pas ce second manque, il donne à la recherche de quoi travailler. C'est utile et ce n'est pas la même chose.
Ce qu'un supercalculateur public sert réellement
Il faut être précis sur son usage, parce que la confusion est fréquente.
Cette machine ne servira pas à concurrencer un service commercial. Elle servira à des laboratoires publics, à des projets scientifiques, à des entreprises qui n'ont pas les moyens de louer du calcul à grande échelle.
Concrètement : entraîner un modèle spécialisé sur des données médicales européennes, faire tourner des simulations climatiques, développer des modèles dans des langues européennes peu servies — un sujet que nous avons traité mercredi à propos des langues que les grands modèles ignorent.
C'est le genre d'usage qui ne trouve pas de financement privé parce qu'il n'a pas de rentabilité immédiate, et qui produit pourtant des capacités durables.
Ce qu'il faut retenir
Cet investissement est cohérent et modeste. Cohérent, parce qu'il finance ce que le privé ne financera pas et diversifie les fournisseurs. Modeste, rapporté aux montants engagés ailleurs.
La question qui reste ouverte est celle du modèle. L'Europe finance de la capacité de recherche pendant que d'autres financent de la capacité de production. Ces deux stratégies ne produisent pas les mêmes résultats.
Il existe pourtant une voie que nous voyons se dessiner et qui pourrait convenir : celle décrite mardi, où la moitié des grandes entreprises américaines privilégient des modèles ouverts hébergés en interne. Dans ce monde-là, ce qui compte n'est plus d'avoir le plus gros modèle, mais de disposer du calcul et des compétences pour utiliser ceux qui existent. C'est précisément ce que finance ce contrat.