San Francisco, le 30 septembre. Une équipe spécialisée inspecte une salle de réunion réservée à la direction d'OpenAI, comme elle le fait régulièrement.
Derrière la télévision, branché sur un port USB, elle trouve un petit objet de la taille d'un pouce, enveloppé dans du papier toilette. C'est un micro.
Le déroulé de l'enquête
OpenAI prévient aussitôt le FBI. Mais plutôt que de retirer l'appareil tout de suite, l'entreprise attend, et installe discrètement une caméra.
Selon l'acte d'accusation, le 5 octobre, un ingénieur entre dans la salle et semble regarder derrière la télévision, à l'endroit exact où le micro était caché. La caméra le filme. Le même jour, il laisse un sac sans surveillance dans une autre pièce. L'équipe de sécurité y trouve son portefeuille, ses papiers d'identité, et un second appareil d'enregistrement, semblable au premier. Les caméras de surveillance l'avaient déjà repéré à plusieurs reprises près de cette salle, où il n'avait aucune raison d'aller.
Le 9 octobre, il est arrêté par le FBI et licencié. L'affaire a été rendue publique mardi.
Ce qu'on sait de l'accusé
Les procureurs fédéraux l'identifient comme Abdulrahman Alfozan, un ressortissant saoudien de 35 ans, employé par OpenAI depuis juillet 2025. Il est poursuivi pour avoir utilisé ou tenté d'utiliser un appareil afin d'intercepter des conversations. Il a comparu devant un tribunal fédéral mardi. À ce stade, il est présumé innocent.
Selon OpenAI, l'appareil était sophistiqué : chiffrement avancé, capacités d'écoute audio, et un système de transfert de données conçu pour échapper à la surveillance. L'entreprise affirme aussi avoir des éléments montrant qu'il comptait installer d'autres appareils.
Pourquoi ?
C'est la grande inconnue. Selon le directeur du FBI, l'objectif était de capter des conversations sensibles sur la technologie de « superintelligence » de l'entreprise, reprenant au passage le vocabulaire imposé par le décret présidentiel de septembre.
Mais rien n'indique, à ce stade, pour le compte de qui il aurait agi, ni même s'il agissait pour quelqu'un d'autre que lui-même. Aucun pays n'a été mis en cause par les autorités.
En 1945, des écoliers soviétiques offrent à l'ambassadeur des États-Unis à Moscou une magnifique sculpture en bois représentant le grand sceau américain. Elle restera accrochée dans sa résidence pendant sept ans. En 1952, les Américains découvrent qu'elle contenait un micro d'un genre totalement nouveau, sans pile ni fil, activé à distance par des ondes. On l'a surnommé « The Thing », la Chose. C'est depuis ce type d'affaire que les ambassades font inspecter régulièrement leurs salles par des équipes spécialisées, exactement comme celle qui a trouvé le micro chez OpenAI.
Ce que ça dit de l'IA
Qu'une entreprise d'IA dispose d'une équipe chargée de traquer les micros, comme une ambassade, en dit long. Ce qui se décide dans ces salles, les plans des futurs modèles, les choix stratégiques, les partenariats, vaut aujourd'hui des milliards, et intéresse bien au-delà des concurrents.
Washington traite d'ailleurs de plus en plus l'IA comme un sujet de sécurité nationale. C'est le chef du renseignement américain qui pilote désormais la politique de l'IA, comme nous le racontions avec la création de la Super Intelligence Force.
Ce qu'on retient
Les laboratoires d'IA ressemblaient autrefois à des universités, où l'on partageait ses travaux. Ils ressemblent de plus en plus à des ambassades, ou à des bases militaires.
Cette affaire n'est peut-être que l'histoire d'un homme isolé. Mais elle montre que dans la course à l'IA, les secrets sont devenus assez précieux pour qu'on prenne le risque de les voler.