Dans les documents officiels de l'administration américaine, l'intelligence artificielle n'existe plus.
Mardi, Donald Trump a signé un décret intitulé « Inaugurer l'ère de la superintelligence ». Désormais, tous les ministères et agences fédérales doivent écrire « Super Intelligence », ou « SI », à la place d'« intelligence artificielle ». Et, selon la Maison-Blanche, ils ne doivent plus reconnaître les anciens termes.
Pourquoi ce nouveau nom
Le président s'en est expliqué lui-même, quelques heures plus tôt. En substance : quand on dit « artificielle », ça fait faux. Or cette intelligence n'a rien d'artificiel, elle est extrême, supérieure, et le mot « super » est selon lui le meilleur de tous. Il a ajouté en avoir parlé au président chinois, qui aurait adoré.
On pourrait en rester à l'anecdote. Mais ce décret a été signé le même jour qu'un autre texte, beaucoup plus important.
Un engagement signé à la Maison-Blanche
Mardi, Donald Trump a reçu à déjeuner une vingtaine de dirigeants de la tech. Parmi eux : Jensen Huang pour Nvidia, Greg Brockman pour OpenAI, Dario Amodei pour Anthropic, Sundar Pichai pour Google, Mark Zuckerberg pour Meta et Elon Musk pour xAI.
À l'issue du repas, ils ont signé un document de deux pages baptisé « Accord de la Maison-Blanche sur la superintelligence ». Les entreprises s'y engagent à maintenir des contrôles internes solides et plusieurs niveaux de vérification, internes et externes, sur leurs modèles les plus avancés.
Le texte est volontaire. Il ne prévoit aucune sanction, et n'oblige pas les entreprises à publier les résultats de leurs audits. Interrogé sur son caractère contraignant, le président a répondu qu'il était « moralement contraignant », et l'a comparé à une constitution.
Le décret précise noir sur blanc que la « superintelligence » désigne exactement les mêmes technologies que la définition légale de l'intelligence artificielle. Rien ne change dans ce que font ces systèmes, ni dans les règles qui s'y appliquent. Seul le mot est différent. Et il promet beaucoup plus que l'ancien.
Ce que ça change vraiment
Sur le fond, cet accord confie la surveillance des IA les plus puissantes aux entreprises qui les fabriquent. C'est exactement le débat que nous suivons depuis des semaines, entre le projet d'organisme de normalisation des grands laboratoires et l'arrivée d'évaluateurs indépendants dans certains d'entre eux.
La critique est venue du camp présidentiel lui-même. Le sénateur républicain Josh Hawley a publié une tribune expliquant que les entreprises de l'IA ne devaient pas bénéficier d'un passe-droit. Et selon les sondages, les Américains se méfient de plus en plus de cette technologie.
Une porte reste ouverte : l'accord n'exclut pas des règles fédérales plus strictes à l'avenir, que plusieurs des patrons présents disent d'ailleurs souhaiter.
Ce qu'on retient
En une journée, Washington a changé deux choses. Le nom de la technologie, qui devient plus grand et plus impressionnant. Et la manière de la surveiller, qui reste entre les mains de ceux qui la vendent.
Le premier changement fera sourire. Le second compte beaucoup plus. On a changé le mot, pas la règle.