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Pourquoi voulons-nous des robots qui nous ressemblent ?

OpenAI veut un robot humanoïde, parce que notre monde est fait pour des humains. L'argument tient. Mais il y a peut-être une autre raison, plus ancienne, et plus troublante.

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Votre lave-vaisselle ne ressemble pas à un humain. Il n'a ni bras, ni mains, ni visage. Il ne prend pas les assiettes une par une pour les frotter avec une éponge. Et pourtant, il lave la vaisselle mieux et plus vite que vous.

Alors pourquoi, quand on imagine les robots de demain, les imagine-t-on presque toujours avec deux bras, deux jambes et une tête ?

L'argument pratique

Sam Altman a une réponse simple, qu'il a donnée en annonçant qu'OpenAI construirait un robot humanoïde : le monde est fait pour les humains. Les portes, les escaliers, les outils, les voitures. Un robot qui veut se déplacer partout et se servir de tout a intérêt à avoir notre forme.

L'argument est solide. Mais il n'explique pas tout. Les robots les plus utiles d'aujourd'hui, ceux des usines, des entrepôts ou des cuisines, n'ont presque jamais forme humaine. Quand on conçoit une machine pour une tâche précise, on lui donne la forme de la tâche, pas la nôtre.

Une fascination très ancienne

Il y a sans doute autre chose. L'envie de fabriquer des êtres à notre image est l'une des plus vieilles de l'humanité.

Les légendes en sont pleines, du Golem façonné dans l'argile aux statues qui prennent vie. Au XVIIIe siècle, l'inventeur français Jacques de Vaucanson fascine l'Europe avec ses automates, dont un joueur de flûte capable de jouer de véritables airs. Bien avant l'électricité, nous rêvions déjà de machines qui nous ressemblent.

Le mot « robot » veut dire « corvée » 📜
Le mot « robot » est né en 1920, dans une pièce de théâtre de l'écrivain tchèque Karel Čapek, R.U.R. Il vient du tchèque « robota », qui désigne le travail forcé, la corvée. Dans la pièce, des êtres artificiels fabriqués pour travailler à la place des humains finissent par se révolter. Dès sa naissance, le robot portait donc deux rêves contradictoires : celui d'un serviteur qui nous ressemble, et la peur qu'à force de nous ressembler, il veuille un jour la même chose que nous.

Ce qui nous ressemble nous touche

Il y a une raison plus troublante encore. Nous réagissons à ce qui nous ressemble. Un visage, un regard, une voix : notre cerveau est fait pour s'y attacher, presque malgré nous.

Dans les années 1960, l'informaticien Joseph Weizenbaum crée ELIZA, un programme très simple qui imite un psychothérapeute en reformulant les phrases de son interlocuteur. Il raconte avoir été frappé de voir sa propre secrétaire, qui savait pourtant comment le programme fonctionnait, lui demander de quitter la pièce pour pouvoir lui parler seule à seule.

Un robot à forme humaine provoquera ces réactions avec une force bien plus grande. Ce n'est pas forcément un mal. Mais c'est un pouvoir, et ceux qui fabriquent ces machines le savent. Nous en parlions samedi à propos des compagnons virtuels auxquels on s'attache.

La vallée de l'étrange

Ce penchant a pourtant une limite. En 1970, le roboticien japonais Masahiro Mori observe que plus un robot nous ressemble, plus il nous plaît... jusqu'à un certain point. Quand il devient presque humain, mais pas tout à fait, il se met soudain à nous mettre mal à l'aise. Il a appelé ce creux la « vallée de l'étrange ».

Nous voulons des machines qui nous ressemblent, mais pas trop. Assez pour nous rassurer, pas assez pour nous troubler.

Ce qu'on retient

La forme humaine des robots répond à un besoin pratique. Mais elle répond aussi à un désir plus profond, et plus ancien : celui de ne pas être seuls face à nos machines.

Un robot qui nous ressemble nous oblige à nous poser une question que le lave-vaisselle ne pose jamais : attendons-nous de lui un outil, ou un semblable ?

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