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Les data centers, nouvelles cibles de la guerre

Des drones ukrainiens ont frappé plusieurs centres de données russes, dont ceux de Yandex, l'équivalent russe de Google. Une riposte aux frappes russes sur l'Ukraine, qui révèle la fragilité de ces nouvelles infrastructures.

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Les guerres ont longtemps visé les ponts, les gares, les centrales électriques et les raffineries. Dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine, une nouvelle cible est apparue : les centres de données, ces immenses bâtiments remplis de serveurs qui font tourner nos services numériques et nos intelligences artificielles.

Ce qui s'est passé

Selon l'agence Associated Press, des drones ukrainiens ont frappé ce mois-ci trois des principaux centres de données de Yandex, le géant russe de la technologie, ainsi qu'un centre de la banque Sberbank, la plus grande du pays, qui abritait aussi des activités d'IA, et un centre du réseau social VKontakte, l'équivalent russe de Facebook.

Yandex a reconnu que l'un de ses sites, près de la ville de Vladimir, avait vu ses opérations entièrement suspendues. L'entreprise affirme avoir rétabli la plupart de ses services essentiels dans les jours suivants, en basculant vers d'autres centres.

Ces frappes faisaient suite à des attaques russes contre des centres de données en Ukraine, qui avaient perturbé l'accès à internet et la diffusion de la télévision.

Pourquoi ce sont des cibles

Un centre de données est une cible particulièrement vulnérable. Ce sont de très grands bâtiments, faciles à repérer, remplis d'équipements fragiles qui dépendent d'une alimentation électrique et d'un refroidissement permanents. Un seul impact peut suffire à tout arrêter.

Et en Russie, les conséquences sont démultipliées par la concentration. Un spécialiste interrogé par AP compare Yandex à Uber, Amazon et Google réunis en une seule entreprise, dont tous les services reposent sur quelques centres seulement.

Les experts estiment que ces frappes vont retarder encore davantage la recherche russe en IA, déjà en retard sur les États-Unis et la Chine. Les sanctions empêchent la Russie d'acheter facilement les puces américaines de pointe nécessaires pour remplacer le matériel détruit, et la pénurie mondiale de puces rend les réparations longues et coûteuses.

Le président ukrainien a même affirmé que l'activité des faux comptes sur les réseaux sociaux avait baissé après les frappes. Une affirmation séduisante, mais qui n'a pas été démontrée.

Comment l'Ukraine a mis ses données à l'abri ☁️
En février 2022, quelques jours avant l'invasion russe, le Parlement ukrainien vote en urgence une loi autorisant l'État à stocker ses données hors du pays. Dans les semaines qui suivent, avec l'aide de grandes entreprises du cloud, l'Ukraine transfère vers des serveurs situés dans des pays alliés une grande partie de ses données publiques essentielles : registres, impôts, état civil. Cette décision lui a permis de limiter les dégâts des frappes russes sur ses propres infrastructures. Une leçon de résilience que de nombreux pays ont étudiée depuis.

Une leçon pour tous

Cette guerre révèle une fragilité qui concerne tout le monde. À mesure que nos services, nos administrations et nos économies dépendent de l'IA, les centres de données deviennent des infrastructures vitales, au même titre que les centrales électriques. Et comme elles, ils peuvent être visés.

La question rejoint celle de la souveraineté, que posaient cette semaine les conseillers du gouvernement britannique : où sont nos données, qui les contrôle, et que se passerait-il si on en était privés du jour au lendemain ? Les projets de grands centres de données qui se multiplient, en France aussi, devront intégrer cette question de sécurité.

Ce qu'on retient

L'IA a besoin de bâtiments, de câbles et d'électricité. Cette réalité très physique la rend aussi vulnérable que n'importe quelle infrastructure.

Dans les conflits d'aujourd'hui, frapper les centres de données, c'est frapper à la fois l'économie, l'information et la recherche d'un pays. La guerre est entrée dans l'ère de l'IA par la porte la plus concrète qui soit.

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