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Le Royaume-Uni craint de n'être qu'un client de l'IA

Les conseillers scientifiques du gouvernement britannique tirent la sonnette d'alarme : sans action urgente, le pays se contentera d'acheter l'IA des autres. Une inquiétude qui vaut aussi pour la France et l'Europe.

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Il y a deux façons de vivre la révolution de l'IA. On peut la construire, et décider de ce qu'elle devient. Ou on peut l'acheter, et se contenter de ce que d'autres ont décidé.

Le Royaume-Uni craint de basculer du mauvais côté.

Ce qui a été dit

Lundi, le Conseil pour la science et la technologie, l'organisme indépendant qui conseille le gouvernement britannique sur ces questions, a adressé une lettre au ministre chargé de l'IA. Son message est sans détour : sans action délibérée et urgente, le pays risque de devenir un client de grande valeur pour l'IA, plutôt qu'un pays capable de façonner la technologie et ses usages.

Pour les conseillers, la souveraineté ne consiste pas à tout faire soi-même. Elle consiste à construire des systèmes de confiance, utiles pour les services publics, l'économie et la sécurité, et à garder la liberté de choisir ce que l'on développe, ce que l'on achète, et à qui.

Ce qu'ils proposent

Un pilote unique au gouvernement pour coordonner la politique de souveraineté numérique.

Des investissements dans les compétences, les données et la puissance de calcul.

Des tests rigoureux des systèmes d'IA utilisés dans les domaines sensibles : sécurité nationale, santé, éducation.

Un modèle d'IA public, gouverné par l'État, qui pourrait être mis à disposition des chercheurs, des start-up et des services publics, tout en continuant à accéder aux meilleurs systèmes étrangers.

L'alerte tombe au moment où Microsoft vient de se retirer d'un grand projet de centre de données en Angleterre, sur fond de difficultés d'approvisionnement en électricité. Un rappel que les annonces ne suffisent pas.

Et la France ?

La question se pose exactement dans les mêmes termes de ce côté de la Manche. Les grands modèles que nous utilisons au quotidien sont presque tous américains. La France a pourtant quelques atouts : Mistral AI, qui vient de dévoiler Large 4, son modèle géant, des chercheurs de premier plan, et une électricité abondante et peu carbonée qui attire les projets de centres de données, même si tous ne verront pas le jour.

À l'échelle européenne, l'Union a annoncé en 2025 un vaste plan d'investissement dans l'IA, dont des « gigafactories », de gigantesques centres de calcul destinés à entraîner des modèles européens.

Albert, l'IA de l'administration française 🇫🇷
La France a déjà, à sa manière, une IA publique. Depuis 2024, l'État développe Albert, un assistant destiné aux agents publics, conçu pour les aider dans leurs tâches, par exemple pour répondre aux questions des usagers. Il s'appuie sur des modèles ouverts, et son code est publié. Un exemple, modeste mais concret, de ce que les conseillers britanniques appellent de leurs vœux : une IA gouvernée par la puissance publique, au service des services publics.

Ce qu'on retient

Être client n'est pas une honte. Tous les pays achètent des technologies venues d'ailleurs. Le danger commence quand on n'a plus le choix, quand on dépend d'un seul fournisseur pour une technologie devenue essentielle, sans pouvoir négocier, ni se passer de lui.

Le Royaume-Uni vient de poser la question à voix haute. La France et l'Europe auraient tout intérêt à se la poser aussi, tant qu'il est encore temps de choisir.

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