Plus d'un million de jeunes de 16 à 24 ans au Royaume-Uni ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, et les projections évoquent 1,25 million d'ici cinq ans. Le gouvernement expérimente l'usage de l'IA comme outil d'accompagnement vers l'emploi. C'est l'un des premiers déploiements publics de cette ampleur sur une population vulnérable.
Nous avons beaucoup couvert ce que l'IA supprime comme emplois. Voici une tentative de l'utiliser dans l'autre sens, et elle mérite d'être regardée sans cynisme ni enthousiasme.
Ce que l'IA peut réellement apporter ici
Le problème que rencontrent ces jeunes est rarement un manque d'offres. C'est un ensemble d'obstacles cumulés : ne pas savoir par où commencer, ne pas avoir les codes d'un secteur, ne pas oser postuler, ne pas savoir formuler une expérience qui semble insignifiante.
Sur ces points précis, l'outil a une utilité démontrable, et nous l'avons décrite dans notre article sur le recrutement : reformuler une expérience, adapter une candidature, comprendre ce qu'attend une offre. Ce sont des barrières de forme qui n'ont rien à voir avec la compétence, et elles pénalisent d'abord ceux qui n'ont pas eu les bons codes à la maison.
S'ajoute la disponibilité. Un conseiller reçoit une fois par mois. Un outil disponible à toute heure, sans rendez-vous ni jugement, correspond à une population qui a souvent renoncé à demander de l'aide.
Les trois risques sérieux
Le remplacement de l'accompagnement humain. C'est le risque principal, et il est budgétaire avant d'être technologique. Un dispositif d'IA coûte nettement moins qu'un conseiller. La tentation de substituer plutôt que de compléter existera, et elle frappera précisément ceux qui ont le plus besoin d'une relation. Un jeune en rupture n'a pas seulement besoin d'informations : il a besoin de quelqu'un qui remarque qu'il n'est pas venu.
L'erreur invisible. Une information erronée sur un droit, une aide ou une procédure peut coûter cher, et cette population n'a souvent personne pour recouper. C'est le paradoxe que nous relevions à propos de l'accès au droit : ceux qui bénéficient le plus de l'outil sont ceux qui peuvent le moins en vérifier les sorties.
La course à l'armement. Si tous les candidats produisent des candidatures assistées, l'avantage disparaît et le volume augmente. Nous avons décrit ce mécanisme : chacun court plus vite pour rester à la même place.
Un critère simple permet de juger : le dispositif exerce-t-il ou fait-il à la place ? Un outil qui rédige la lettre produit un document. Un outil qui aide à préparer un entretien, qui fait répéter, qui pose les questions difficiles, construit une capacité qui restera. C'est exactement la distinction que nous faisions dans notre article sur l'école, et elle vaut ici avec un enjeu plus immédiat.
Ce qu'il faut surveiller
Trois indicateurs diront si l'expérimentation a réussi, et aucun n'est le nombre de candidatures envoyées.
Le taux de sortie durable vers l'emploi ou la formation, mesuré à six mois plutôt qu'à la sortie du dispositif. Le maintien du contact humain, c'est-à-dire si les conseillers ont été renforcés ou remplacés. Et l'effet sur ceux qui décrochent, la population la plus éloignée étant celle que les dispositifs numériques atteignent le moins bien.
Ce qu'il faut retenir
Il serait facile de railler l'idée qu'un chatbot résoudrait un problème social profond. Ce serait injuste : personne ne prétend cela, et l'outil peut réellement lever des obstacles concrets.
Il serait tout aussi facile de saluer une modernisation. Ce serait naïf : le chômage des jeunes ne vient pas d'un déficit d'outils, il vient d'un ensemble de facteurs économiques, éducatifs et sociaux qu'aucune technologie ne corrige.
La position juste est probablement celle-ci : un bon outil au service d'un accompagnement humain renforcé peut aider réellement. Le même outil présenté comme une alternative à cet accompagnement aggraverait la situation en donnant l'illusion d'agir. La différence entre les deux ne se lit pas dans la technologie, elle se lit dans le budget.