Le maire de New York et la gouverneure de l'État se promènent ensemble dans un parc ensoleillé, puis jardinent côte à côte. Ils vantent un nouveau médicament : une « pilule contre le délire politique ».
La scène n'a jamais eu lieu. C'est une publicité fabriquée par IA, publiée par un candidat adverse, sans aucune mention indiquant qu'elle est artificielle.
Ce qui se passe aux États-Unis
Selon des données du Wesleyan Media Project et du cabinet AdImpact, rapportées par le New York Times, plus de 137 millions de dollars ont été dépensés pour diffuser des publicités politiques fabriquées ou retouchées par IA pendant la campagne des élections de mi-mandat. Environ 70 % d'entre elles ne le signalent pas.
La raison est simple : le coût. Selon un professionnel de la publicité cité par le journal, un spot qui coûtait près de 2 millions de dollars peut désormais être produit pour environ 200 000 dollars.
Et aucun camp n'est à l'abri. Un élu républicain battu lors d'une primaire a ainsi raconté que des publicités fabriquées par IA, financées contre lui, prétendaient qu'il sortait avec des élues démocrates. Certains États américains imposent une mention pour les contenus « trompeurs », d'autres non. Une plainte a été déposée à New York.
Et en France ?
La France élit son président en avril 2027. Les règles y sont très différentes, et nettement plus strictes.
En France, le Code électoral interdit toute publicité commerciale à des fins de propagande électorale, dans la presse, à la radio, à la télévision ou en ligne, pendant les six mois qui précèdent le mois d'une élection. Les spots payants à l'américaine n'y ont donc pas leur place en période de campagne. Et depuis octobre 2025, un règlement européen impose que toute publicité politique soit clairement signalée, avec le nom de celui qui l'a payée. Plusieurs grandes plateformes ont même préféré arrêter d'en diffuser dans l'Union européenne. Mais ces règles ne concernent pas les vidéos partagées gratuitement, qui peuvent circuler sans aucun contrôle.
C'est là que se trouve le vrai risque pour 2027 : non pas des publicités payantes, mais des vidéos et des images fabriquées par IA, partagées de compte en compte, sans qu'on sache d'où elles viennent. Nous l'avions vu avec ces IA qui créent seules des milliers de faux comptes.
Cinq réflexes pour ne pas se faire piéger
1. Demandez-vous qui parle. D'où vient la vidéo ? Du compte officiel d'un candidat, d'un média connu, ou d'un compte anonyme créé il y a trois semaines ? Une publicité politique légale doit indiquer qui l'a payée.
2. Méfiez-vous de ce qui est trop énorme. Un adversaire surpris dans une situation absurde ou honteuse, une déclaration scandaleuse qui confirme exactement ce que vous pensiez déjà : c'est précisément ce que cherchent à produire les faussaires.
3. Regardez et écoutez attentivement. Une voix un peu trop lisse, des lèvres légèrement décalées, des mains étranges, un décor flou. Mais attention : les fausses vidéos sont de plus en plus réussies, et l'absence de défaut visible ne prouve rien.
4. Vérifiez ailleurs. Si un candidat avait vraiment dit ou fait quelque chose d'aussi frappant, les grands médias en parleraient. Cherchez. Nos cinq réflexes face à une photo douteuse s'appliquent aussi aux vidéos.
5. Dans le doute, ne partagez pas. Une fausse vidéo n'a de pouvoir que si elle circule. Chaque partage lui donne de la force.
Ce qu'on retient
La campagne américaine montre ce que devient une élection quand fabriquer une fausse vidéo coûte presque rien. La France est mieux protégée contre les publicités payantes, mais pas contre les vidéos qui circulent librement.
Pour 2027, la meilleure protection restera la plus ancienne : savoir d'où vient une information avant d'y croire. Nous avons détaillé comment préparer son vote avec l'IA sans se faire avoir.