Adam Johnson vit en Virginie-Occidentale. Pour préparer les élections de mi-mandat américaines, il n'en a pas discuté avec ses amis ou sa famille. Il a passé des heures à en parler avec ChatGPT.
Il lui a d'abord demandé de lister toutes les élections inscrites sur son bulletin, puis il a creusé, candidat par candidat. Aujourd'hui, il dit qu'il se sentirait prêt à voter.
Son histoire, racontée par la radio publique américaine NPR, n'est pas isolée. Et elle nous concerne directement : la France élit son président dans six mois.
Ce que font ces électeurs
Aux États-Unis, le vote anticipé a déjà commencé. Plusieurs électeurs interrogés par NPR expliquent utiliser un assistant d'IA de trois façons.
Pour les petites élections locales, celles dont la presse parle peu : un conseil de comté, un poste de juge, un shérif. Une recherche sur internet donne peu de résultats ; un assistant, lui, répond toujours.
Pour comparer les candidats, sous forme de tableau. Une électrice du Wisconsin a ainsi demandé à Gemini de comparer deux candidats au poste de vice-gouverneur.
Pour vérifier une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux.
Le quotidien Boston Globe parle déjà de la première élection de l'IA.
Ce qui coince
Les réponses ne sont pas fiables partout. Une étude publiée en août par une organisation américaine de défense de la démocratie a constaté que ChatGPT et l'IA de Google donnaient des réponses incomplètes et incohérentes à des questions courantes d'électeurs.
Le paradoxe des petites élections. C'est justement là où l'information manque que les électeurs utilisent le plus l'IA. Mais c'est aussi là qu'elle risque le plus d'inventer : moins il existe de sources, plus elle comble les trous. Un électeur raconte d'ailleurs sa parade : vérifier un chatbot avec un autre.
Les biais invisibles. Les entreprises ne disent pas sur quelles sources leurs modèles s'appuient. Difficile, donc, de savoir ce qui oriente leurs réponses. OpenAI affirme surveiller les biais de son modèle pour que ChatGPT reste politiquement neutre. Une électrice résume la question que beaucoup se posent : qui paie pour construire ces outils, et dans quel but ?
Depuis une loi de 2018 contre la manipulation de l'information, la France dispose d'un outil spécifique pour les périodes électorales. Pendant les trois mois qui précèdent une élection nationale, un juge peut être saisi en urgence et doit se prononcer en 48 heures pour faire cesser la diffusion massive et artificielle d'une fausse information en ligne. Le texte a été pensé à l'époque des faux comptes et des contenus sponsorisés. Il s'appliquera à la présidentielle de 2027, à une époque où une partie des électeurs se renseignera auprès d'une IA.
Cinq réflexes pour 2027
1. Demandez des programmes, pas un conseil. « Que propose tel candidat sur les retraites ? » est une bonne question. « Pour qui dois-je voter ? » n'en est pas une. Les assistants refusent d'ailleurs souvent de répondre à la seconde, et ils ont raison.
2. Donnez vos propres critères. Dites ce qui compte pour vous, et demandez une comparaison sur ces points. C'est vous qui fixez la grille, pas l'outil.
3. Remontez au texte officiel. Chaque candidat publie son programme. Si une IA vous résume une proposition, allez la lire à la source. Nous avons détaillé la méthode dans notre guide pour vérifier une source.
4. Méfiez-vous encore plus pour les élections locales. Moins il y a d'informations disponibles, plus le risque d'erreur est grand.
5. Croisez avec d'autres sources. La presse, les débats, les sites officiels. Et méfiez-vous des contenus trop parfaits qui circulent pendant la campagne : des IA savent déjà fabriquer des foules entières de faux comptes.
Ce qu'on retient
Utiliser une IA pour comprendre une élection n'a rien d'absurde. Elle peut résumer un programme, expliquer une réforme, organiser une comparaison. Pour beaucoup, c'est plus accessible qu'un débat de trois heures.
Mais comprendre et choisir sont deux choses différentes. Une IA peut vous aider à comprendre. Le choix, lui, doit rester le vôtre.