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Lunettes connectées : ce qu'elles voient de vous

Elles ressemblent à des lunettes ordinaires, mais elles filment, écoutent et embarquent désormais un agent d'IA. Ce qu'une autorité allemande a trouvé dans leur logiciel, et vos droits face à elles.

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Dans le métro, en face de vous, quelqu'un porte une paire de Ray-Ban. Rien de plus banal. Sauf qu'une petite lumière s'allume, discrètement, au coin de la monture.

Cette personne est peut-être en train de vous filmer.

Des lunettes qui voient, écoutent et pensent

Les lunettes connectées de Meta, fabriquées avec le groupe franco-italien EssilorLuxottica, propriétaire de Ray-Ban, dominent largement ce marché : environ trois quarts des ventes mondiales. Elles contiennent une caméra, des micros et des haut-parleurs. On peut prendre des photos, filmer, écouter de la musique, et poser des questions à l'assistant d'IA de Meta sur ce qu'on regarde.

Le mois dernier, Meta y a intégré Muse, son agent personnel, capable d'agir à votre place, celui-là même qui, selon une étude récente, déclare collecter le plus de types de données parmi les assistants.

Ce qu'a trouvé une autorité allemande

En septembre, l'autorité de protection des données de Hambourg a publié le rapport final de son examen technique de ces lunettes. Elle y relève un point frappant : les briques logicielles nécessaires à une fonction de reconnaissance faciale sont déjà présentes, même si elles ne sont pas activées. Elle souligne aussi que ces lunettes posent de sérieux problèmes de transparence pour les personnes filmées, qui ne savent souvent pas qu'elles le sont.

Selon des journaux suédois, des employés d'un sous-traitant au Kenya, chargés d'annoter des données pour entraîner l'IA, auraient par ailleurs pu voir des images privées, parfois intimes, filmées par des utilisateurs.

La crainte : être reconnu par n'importe qui

Ce qui inquiète le plus, c'est la reconnaissance faciale. Des lunettes capables de mettre un nom sur le visage de chaque inconnu croisé dans la rue mettraient fin à une liberté discrète mais essentielle : celle de passer inaperçu dans la foule.

Ce n'est pas de la science-fiction. En 2024 déjà, deux étudiants de Harvard avaient montré qu'en combinant ces lunettes avec des outils de recherche accessibles à tous, ils pouvaient retrouver en quelques instants le nom et l'adresse de passants. Aux États-Unis, plus de 75 organisations de défense des libertés ont demandé à Meta de renoncer à toute reconnaissance faciale dans ses lunettes. Meta affirme qu'aucune fonction de ce type n'a été lancée.

Ce que dit le droit français ⚖️
En France, chacun a un droit sur son image : diffuser une photo ou une vidéo sur laquelle vous êtes reconnaissable demande en principe votre accord, sauf exceptions comme l'actualité ou une foule où personne n'est mis en avant. Et enregistrer sans son consentement les paroles d'une personne prononcées dans un cadre privé est un délit puni par le Code pénal. Être filmé dans la rue n'est pas interdit en soi, mais ce que l'on fait ensuite de ces images est encadré.

Comment réagir

Apprenez à les reconnaître. Une monture un peu épaisse, deux petits trous de chaque côté des verres, et une lumière qui s'allume pendant l'enregistrement. Certains utilisateurs parviennent hélas à masquer cette lumière.

N'hésitez pas à demander. Si vous pensez être filmé, vous pouvez simplement demander à la personne d'arrêter. Dans un lieu privé, comme une entreprise, un cabinet médical ou une salle de sport, le responsable peut aussi les interdire.

Si vous en portez, prévenez les gens autour de vous quand vous filmez, et regardez les réglages de confidentialité de l'application associée : certains partages de photos et vidéos avec le service peuvent être désactivés.

Ce qu'on retient

Pendant des siècles, l'anonymat de la foule a protégé chacun d'entre nous sans que nous y pensions. Personne ne savait qui vous étiez en passant dans une rue.

Des lunettes qui voient, écoutent et, peut-être un jour, reconnaissent, pourraient mettre fin à cette protection invisible. C'est le moment de décider collectivement si nous voulons la garder.

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