Sur votre téléphone, ouvrez la page d'une application dans la boutique d'applications, et descendez tout en bas. Vous trouverez une rubrique qui liste les données que cette application peut collecter sur vous : votre position, vos contacts, votre historique, parfois bien plus.
Presque personne ne la lit. L'entreprise de cybersécurité Surfshark l'a fait, pour les principaux assistants d'intelligence artificielle. Le résultat mérite qu'on s'y arrête.
Le classement
L'étude a comparé douze des assistants les plus utilisés, ainsi que Muse, le nouvel agent personnel de Meta, devenu en quelques semaines l'une des applications les plus téléchargées. Elle s'appuie sur ce que chaque éditeur déclare dans la boutique d'Apple, qui distingue 35 types de données possibles.
En moyenne, ces assistants déclarent en collecter 13. Mais les écarts sont énormes.
Meta AI arrive en tête avec 33 types de données sur 35. Juste derrière, Muse, également signé Meta, en déclare 31. Vient ensuite Gemini, de Google, avec 24. ChatGPT arrive quatrième avec 17, un chiffre en hausse d'environ 70 % en un an : il collecte désormais aussi des données de santé et de sport, des enregistrements audio et l'historique de recherche.
Seuls Gemini, Meta AI, Muse et Perplexity déclarent collecter votre position précise. Et trois d'entre eux, Meta AI, Muse et Gemini, mentionnent des données parmi les plus sensibles : origine ethnique, orientation sexuelle, opinions politiques ou données biométriques.
Le cas Muse
Muse attire particulièrement l'attention, parce qu'il ne se contente pas de discuter : c'est un agent, qui peut agir à votre place, ce qui suppose d'accéder à beaucoup de choses.
Sa fiche indique qu'il peut collecter votre position précise, des informations financières, votre historique de navigation ou des identifiants de votre appareil, et que certaines de ces données peuvent servir à de la publicité de tiers. Meta indique aussi que vos échanges avec Muse servent par défaut à entraîner ses modèles. Il est possible de le refuser, mais il faut aller le chercher dans les réglages.
Comment lire ce classement
Il faut rester prudent. Ces chiffres reposent sur ce que les entreprises déclarent pouvoir collecter, pas sur ce qu'elles collectent réellement. Et un nombre de types de données ne dit pas tout : une seule donnée mal protégée peut poser plus de problèmes que dix données anodines.
Mais ces déclarations engagent ceux qui les font, et elles permettent de comparer. Quand une application déclare deux fois plus de données que ses concurrentes, la question mérite d'être posée.
Sur iPhone, ouvrez la page de l'application dans l'App Store et descendez jusqu'à la rubrique « Confidentialité de l'app ». Sur Android, dans Google Play, cherchez la rubrique « Sécurité des données ». Vous y verrez, classées par catégories, les données que l'éditeur déclare collecter, et celles qui sont liées à votre identité. C'est la même source que celle utilisée par l'étude, et elle existe pour toutes les applications, pas seulement les assistants.
Ce que vous pouvez faire
Choisissez l'assistant selon l'usage. Pour une recette ou une traduction, peu importe. Pour parler de votre santé, de votre argent ou de votre vie privée, préférez un service qui en collecte moins, et utilisez une conversation temporaire.
Refusez l'entraînement. La plupart des assistants permettent de refuser que vos conversations servent à améliorer leurs modèles. C'est souvent désactivé par défaut, à vous de le chercher dans les réglages.
Limitez les autorisations. Dans les réglages de votre téléphone, vous pouvez refuser l'accès à votre position, ou ne l'accorder que pendant l'utilisation de l'application. Et avant de laisser un agent toucher à vos comptes ou à vos paiements, lisez notre guide pour donner accès sans tout donner.
Ce qu'on retient
Un assistant gratuit se paie souvent en données. Ce n'est pas forcément un problème, à condition de le savoir et de choisir en conséquence.
Ce classement porte sur ce que les applications collectent. Pour ce que votre assistant retient de vos conversations, c'est une autre histoire, que nous détaillions dans notre guide sur sa mémoire.