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Les géants mettent leurs ingénieurs au régime d'IA

Chez Microsoft, certains salariés pouvaient dépenser jusqu'à 100 000 dollars d'IA par mois. Le plafond vient d'être divisé par dix. Après l'euphorie, les entreprises regardent la facture.

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Imaginez que votre employeur vous donne une carte de paiement réservée à l'intelligence artificielle, avec un plafond de 100 000 dollars par mois.

C'était, selon le média spécialisé The Information, le plafond dont disposaient certains salariés de la division cloud et IA de Microsoft. Ce n'est plus le cas : il est désormais d'environ 10 000 dollars pour la plupart d'entre eux.

Ce qui se passe

Il s'agit de plafonds, pas de dépenses réelles : la plupart des ingénieurs étaient loin de les atteindre. Mais le signal est clair. Microsoft aurait aussi réduit de plus d'un tiers ce qu'elle prévoyait de dépenser en interne pour les modèles Claude d'Anthropic, une facture qui devait dépasser le milliard de dollars par an. L'entreprise pousse ses ingénieurs vers son propre outil, GitHub Copilot, et vers des modèles d'OpenAI. Claude reste en revanche proposé aux clients de Microsoft.

Chez Meta, le nombre de salariés utilisant l'outil de programmation d'Anthropic serait passé d'environ 60 000 à 30 000, en partie à cause de licenciements au printemps, mais surtout parce que l'entreprise pousse ses propres outils.

Et Uber avait ouvert le bal en juin : l'entreprise avait révélé avoir épuisé tout son budget annuel d'outils de programmation par IA en seulement quatre mois. Elle a depuis plafonné les dépenses à 1 500 dollars par mois, par salarié et par outil.

Pourquoi la facture s'envole

La plupart des outils d'IA professionnels ne se paient pas à l'abonnement, mais à la consommation, en tokens. Plus on s'en sert, plus on paie, comme pour l'électricité.

Or les agents, ces IA qui travaillent seules sur des tâches longues, consomment énormément. Un ingénieur qui en fait tourner plusieurs pendant des heures peut voir sa facture grimper très vite, sans même s'en rendre compte.

Pendant des mois, beaucoup d'entreprises ont encouragé leurs équipes à utiliser l'IA autant que possible, pour ne pas prendre de retard. La note est arrivée.

Le « tokenmaxxing » 📈
Dans la tech américaine, un mot est apparu pour décrire ce comportement : le « tokenmaxxing », le fait de consommer le plus de tokens possible, parfois comme une preuve de modernité. Chez Uber, des classements internes avaient même encouragé les salariés à utiliser l'IA au maximum. Cet été, un dirigeant de Microsoft, Jay Parikh, a résumé le changement d'état d'esprit dans un message interne : l'objectif n'est pas de consommer moins, mais d'obtenir plus d'impact par token.

Ce que ça change

Pour les entreprises, l'IA passe du statut d'expérience à celui de facture à surveiller, comme l'électricité ou les déplacements. On ne demande plus seulement « est-ce que ça marche ? », mais « est-ce que ça vaut ce que ça coûte ? ».

Pour les salariés, l'IA devient une ressource à justifier. Ceux qui sauront obtenir de bons résultats avec peu de calcul auront un avantage.

Pour les fabricants d'IA, c'est un avertissement. Leurs revenus dépendent souvent de quelques très gros clients, comme le montrait le dossier d'entrée en Bourse d'Anthropic. Quand un géant serre la vis, ça se voit dans les comptes. D'où l'intérêt croissant pour des petits modèles beaucoup moins chers, capables de faire une partie du travail pour une fraction du prix.

Ce qu'on retient

La fête des tokens sans limite est terminée. Ce n'est pas la fin de l'IA en entreprise, loin de là.

C'est le début de sa comptabilité. Et comme toujours, quand une technologie passe de l'enthousiasme au tableur, ce sont les usages vraiment utiles qui survivent.

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