Au Royaume-Uni, quand un étudiant rend un devoir, il n'a souvent pas le choix : il doit le déposer sur Turnitin, un logiciel qui vérifie qu'il n'a rien copié. Pas de dépôt, pas de note.
Cet été, Turnitin a voulu changer ses conditions d'utilisation. Les devoirs déposés auraient pu servir à « améliorer ou développer des outils d'IA ».
L'université de Cambridge a refusé de signer. Et elle n'est pas restée seule longtemps.
Ce qui s'est passé
En juillet, Cambridge est devenue la première université à refuser le nouveau contrat de Turnitin. Elle continue d'utiliser le logiciel avec les anciennes conditions, jusqu'en juillet 2027, et cherche des alternatives. L'université de Southampton a annoncé qu'elle ne renouvellerait pas son contrat après cette année universitaire.
Les syndicats étudiants se sont mobilisés. Le principal syndicat étudiant du pays a jugé scandaleux qu'une plateforme de dépôt obligatoire puisse modifier ses conditions pour utiliser le travail des étudiants.
Face à la levée de boucliers, Turnitin a reculé. Aucun changement ne sera fait pendant l'année universitaire 2026-2027. La nouvelle version du contrat est repoussée à septembre 2027, et doit être réécrite avec l'organisme qui représente les services informatiques des universités britanniques.
Le cœur du problème : un consentement impossible
Un responsable étudiant de l'université d'York l'a résumé simplement : on ne peut pas vraiment consentir à ce que son travail serve à entraîner une IA, puisqu'on est obligé de le déposer pour être noté.
C'est toute la question. Un consentement n'a de valeur que si l'on peut dire non. Or un étudiant qui refuse de déposer son devoir n'obtient pas son diplôme.
La réponse de Turnitin
L'entreprise affirme n'avoir jamais utilisé de copies d'étudiants pour entraîner une IA générative, celle qui écrit des textes, et ne pas en avoir l'intention. Elle précise ne vendre aucune donnée d'étudiant à d'autres entreprises.
Mais elle reconnaît qu'elle peut utiliser des devoirs anonymisés pour améliorer ses outils de détection et d'évaluation. La nuance est importante : ces outils ne rédigent rien, ils classent et évaluent. Ils restent pourtant des outils d'IA, nourris avec le travail des étudiants.
Le contrat actuel de Turnitin, celui que Cambridge a choisi de garder, accorde déjà à l'entreprise une licence non exclusive, gratuite, perpétuelle, mondiale et irrévocable sur le travail des étudiants, pour améliorer la qualité de ses services. Autrement dit, même avant cette polémique, les devoirs déposés ne restaient pas tout à fait la propriété exclusive de ceux qui les avaient écrits.
Et en France ?
Beaucoup d'établissements français utilisent d'autres logiciels anti-plagiat, comme le français Compilatio. La question se pose pourtant de la même manière : que disent leurs conditions d'utilisation sur l'usage des devoirs déposés ? Étudiants comme enseignants peuvent la poser à leur établissement. C'est le même réflexe que nous recommandions pour vérifier ce que collectent les assistants IA.
Ce qu'on retient
Les données qui nourrissent l'IA viennent de partout : des livres, des articles, des images d'artistes, et désormais, peut-être, des copies d'étudiants. Chaque fois, la même question revient : ceux qui ont produit ce travail ont-ils vraiment eu leur mot à dire ?
Cambridge a montré qu'un refus était possible. Il a suffi qu'une grande institution dise non pour que l'entreprise recule, pour tout le monde.