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Le grand chantier américain de l'IA se fissure

10 000 milliards de dollars de projets, des centres de données partout : le boom de l'infrastructure de l'IA aux États-Unis rencontre la réalité. Retards, annulations, financements qui coincent.

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Pour annoncer un centre de données, il suffit d'un communiqué de presse. Pour le construire, il faut un terrain, de l'électricité, des autorisations, beaucoup d'argent, et des voisins qui acceptent.

Aux États-Unis, la seconde liste commence à rattraper la première.

Un chantier sans précédent

Selon une enquête du Financial Times, les dépenses américaines dans les infrastructures de l'IA devraient dépasser 10 000 milliards de dollars entre 2025 et 2032, d'après les estimations d'un économiste de l'université Columbia. Cela représente environ 3,6 % de la richesse produite chaque année par le pays, bien plus que les grandes vagues d'infrastructures du passé, chemins de fer, autoroutes ou électrification.

Mais ces projets se heurtent de plus en plus à la réalité.

Les chiffres qui inquiètent

47 projets. C'est le nombre minimum de grands centres de données retardés, abandonnés ou bloqués aux États-Unis depuis le début de l'année, selon une société spécialisée qui parle d'une estimation prudente.

35 %. C'est la part des projets annoncés que les analystes de la banque Bernstein jugent réellement crédibles.

Plus de 1 000. C'est le nombre de communes américaines qui ont tenté cette année d'instaurer un moratoire ou des restrictions contre ces installations, selon le Financial Times.

L'argent commence à coincer

Les investisseurs deviennent plus méfiants. CoreWeave, une entreprise qui loue de la puissance de calcul et compte Nvidia parmi ses actionnaires, a vu son action chuter d'environ un quart en une semaine, et ses obligations offrir des rendements supérieurs à 15 %, signe que les prêteurs exigent une forte prime pour le risque. Des prêts liés à un immense campus d'Oracle au Nouveau-Mexique, destiné à OpenAI, s'échangent sous leur valeur après des retards de permis.

Le constat d'un acteur du secteur, rapporté par le journal, résume l'ambiance : il est beaucoup plus difficile aujourd'hui de financer un centre de données.

La folie du chemin de fer 🚂
Dans les années 1840, le Royaume-Uni connaît une véritable fièvre du chemin de fer. Des centaines de lignes sont autorisées, les actions s'envolent, tout le monde veut investir. Puis, en 1847, la bulle éclate et ruine de nombreux épargnants. Pourtant, les voies construites pendant cette période sont restées, et elles ont formé l'ossature du réseau ferré britannique pendant plus d'un siècle. La leçon vaut pour l'IA : une bulle financière peut éclater, et laisser malgré tout derrière elle des infrastructures bien réelles.

Pourquoi ça coince

L'électricité, d'abord. Raccorder un centre géant au réseau peut prendre des années.

Les habitants, ensuite. Bruit, terres agricoles, factures d'électricité : comme dans ce comté de Virginie aux 250 centres de données, la résistance locale s'organise.

Les doutes, enfin. Le Fonds monétaire international rangeait la semaine dernière une chute des valeurs liées à l'IA parmi les grands risques financiers du moment. Les prêteurs, eux, commencent à poser des questions sur le retour sur investissement.

La France n'échappe pas à ce décalage entre l'annonce et la réalité : nous montrions récemment que les projets français réservent bien plus d'électricité qu'ils n'en consomment.

Ce qu'on retient

Ce n'est pas la fin du boom de l'IA. Des centres de données continuent de sortir de terre, et la demande reste forte.

Mais c'est le retour de la physique dans une histoire racontée jusqu'ici avec des logiciels et des promesses. L'IA a besoin de béton, de câbles et d'électricité. Et ceux-là ne se commandent pas en un clic.

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