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Data centers en France : le chiffre qui trompe

18 gigawatts réservés pour 80 projets : de quoi imaginer le réseau électrique au bord de la rupture. La réalité est très différente. Explications, chiffres officiels à l'appui.

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Vous l'avez peut-être lu : en France, les projets de data centers réclament 18 gigawatts d'électricité. Un gigawatt, c'est à peu près la puissance d'un gros réacteur nucléaire. Dix-huit, de quoi imaginer le réseau au bord de la rupture.

Le chiffre est exact. Mais il ne dit pas du tout ce qu'on croit.

Ce que disent vraiment les chiffres

Selon RTE, le gestionnaire du réseau électrique français, les data centers consomment aujourd'hui environ 10 térawattheures par an, soit près de 2 % de l'électricité du pays. La grande majorité se trouve en Île-de-France.

Ce qui a explosé, ce sont les demandes. Mi-2026, environ 80 projets avaient réservé près de 18 gigawatts de capacité de raccordement, contre 5 gigawatts fin 2024. La plupart demandent entre 100 et 200 mégawatts, l'équivalent d'une ville comme Le Mans. Une dizaine visent plus de 400 mégawatts. Le plus grand, un campus d'IA à Fouju, en Seine-et-Marne, a signé en janvier un contrat pour monter jusqu'à 1,4 gigawatt.

Le piège : réserver n'est pas consommer

Voici le point essentiel. Réserver une capacité de raccordement, c'est comme réserver un très gros tuyau au cas où. Ça ne veut pas dire qu'on va le remplir.

RTE l'a constaté : les data centers raccordés ces deux ou trois dernières années n'utilisent en moyenne que 20 % de la puissance qu'ils avaient demandée. Beaucoup de projets réservent de la capacité sans jamais l'utiliser, ou mettent dix à quinze ans à atteindre leur régime de croisière. RTE parle de « projets fantômes », qui bouchent la file d'attente au détriment des projets solides.

Résultat, les prévisions officielles sont bien plus modestes que les 18 gigawatts : entre 15 et 20 térawattheures en 2030, soit environ 3 % de l'électricité française, puis 23 à 28 térawattheures en 2035, environ 4 %.

Gigawatt ou gigawattheure ? ⚡
Toute la confusion vient de deux unités qui se ressemblent. Le gigawatt mesure une puissance, comme le diamètre d'un tuyau. Le gigawattheure, ou le térawattheure, mesure une quantité d'énergie, comme l'eau qui a réellement coulé. Un appareil de 1 mégawatt qui tourne toute l'année consomme 8,76 gigawattheures. Et les 10 térawattheures consommés chaque année par tous les data centers français correspondent à une puissance moyenne d'à peine plus d'un gigawatt. On est donc très loin des 18 gigawatts réservés.

Les vraies questions

Ce n'est pas pour autant que tout va bien. L'électricité française est décarbonée à plus de 95 %, ce qui est un vrai atout, et RTE juge la production suffisante. Mais les data centers posent d'autres questions.

La terre. Les grands campus occupent des dizaines d'hectares, souvent des terres agricoles.

L'eau, utilisée pour refroidir les machines dans certaines installations.

La concertation. Un décret publié en mars 2026 a soustrait certains de ces projets à la consultation de la Commission nationale du débat public, et un projet de loi envisageait d'en faire des projets d'intérêt national majeur, ce qui inquiète les associations de défense de l'environnement.

Aux États-Unis, un comté de Virginie aux 250 data centers montre ce qui arrive quand l'accueil des riverains est oublié : des recettes fiscales, et une colère qui monte.

Ce qu'on retient

Les 18 gigawatts ne sont pas une menace imminente pour le réseau. Ce sont des réservations, dont une bonne partie ne verra jamais le jour.

La bonne question n'est donc pas « combien de gigawatts ? », mais « quels projets seront vraiment construits, où, et avec quelles contreparties pour les territoires qui les accueillent ? ». C'est là que se jouera l'acceptation des data centers en France.

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