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L'AFP et le New York Times veulent faire payer l'IA

Plus de 80 éditeurs de presse, dont Radio France et L'Équipe, s'unissent pour mesurer comment les IA utilisent leurs articles, et se faire payer. Une nouvelle stratégie, après les procès.

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Quand vous demandez à un assistant d'IA ce qui s'est passé hier dans le monde, d'où vient sa réponse ? Très souvent, d'articles écrits par des journalistes.

Ces journalistes, et les journaux qui les emploient, ne sont la plupart du temps pas payés pour ça. Plus de 80 éditeurs de presse viennent de décider de s'unir pour que ça change.

Ce qui s'est passé

Lundi, l'Agence France-Presse, le New York Times et The Economist ont rejoint une coalition baptisée SPUR, pour « normes sur les droits d'usage des éditeurs ». Ils font partie de plus de 40 nouveaux membres, parmi lesquels The Atlantic, la chaîne britannique ITV, et deux médias français : Radio France et L'Équipe.

La coalition compte désormais plus de 80 éditeurs dans plus de 20 pays. Elle avait été lancée en février à Londres par la BBC, le Financial Times, le Guardian, le Telegraph et Sky News, rejoints en juillet par l'agence Associated Press. Elle est entièrement financée par ses membres.

Une stratégie différente des procès

Jusqu'ici, chaque journal se battait seul, souvent devant les tribunaux. Le New York Times poursuit OpenAI et Microsoft pour violation du droit d'auteur, et le groupe américain USA Today vient lui aussi d'attaquer OpenAI.

SPUR mise sur autre chose : un outil commun. Début octobre, la coalition a publié la première version d'une norme technique destinée à suivre comment les IA récupèrent, utilisent, citent et affichent les articles de presse. Autrement dit, un compteur. Car pour être payé, il faut d'abord pouvoir mesurer ce qui a été utilisé.

Selon le site spécialisé Digiday, la coalition a invité OpenAI, Anthropic, Google, Meta et Microsoft à participer à un comité consultatif sur les licences. La porte reste donc ouverte à la négociation. Une responsable du New York Times l'a résumé ainsi : protéger la propriété intellectuelle et faire progresser la technologie peuvent et doivent aller ensemble.

La France a déjà fait payer Google 🇫🇷
La France a été en 2019 le premier pays à appliquer les « droits voisins » européens, qui permettent aux éditeurs de presse d'être rémunérés pour la réutilisation de leurs contenus en ligne. Et en mars 2024, l'Autorité de la concurrence a infligé à Google une amende de 250 millions d'euros, en lui reprochant notamment d'avoir utilisé des contenus de presse pour entraîner son assistant d'IA de l'époque, Bard, sans en informer les éditeurs. Un précédent que les médias européens ont en tête.

Pourquoi c'est important

L'enjeu dépasse la question de l'argent. Si l'on obtient l'essentiel de l'information dans la réponse d'une IA, on ne clique plus sur l'article d'origine. Les journaux perdent alors leurs lecteurs, et les revenus qui vont avec.

Or sans journalistes pour enquêter, vérifier et raconter, les IA n'auraient plus rien de fiable à résumer. C'est un cercle qui peut devenir vicieux : l'IA vit de la presse, mais peut l'affaiblir. D'où l'importance de toujours remonter à la source d'une information quand une IA vous la donne.

C'est la même question que celle posée par les universités britanniques à propos des copies d'étudiants utilisées par l'IA : qui a le droit d'utiliser le travail des autres, et à quel prix ?

Ce qu'on retient

Les éditeurs ont compris qu'ils pèseraient plus ensemble que séparément. Avec l'AFP et le New York Times, la coalition a désormais des noms que les géants de l'IA peuvent difficilement ignorer.

À l'ère de l'IA, l'information n'est pas gratuite. Elle l'a seulement été pour ceux qui la réutilisent. La vraie question est désormais de savoir qui paiera, et combien.

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