Pendant des mois, vous avez voyagé en classe économique avec un privilège étrange : de temps en temps, on vous laissait vous asseoir en classe affaires. Gratuitement. Pour une question difficile, un long document, un problème de maths, Gemini sortait son meilleur modèle.
À partir de vendredi, le rideau entre les cabines se ferme.
Ce qui change vendredi
Google l'a annoncé sur sa page d'aide cette semaine : à partir du 9 octobre, les utilisateurs gratuits de l'application Gemini n'auront plus accès qu'à un seul modèle, Gemini Flash-Lite. C'est le plus petit et le moins coûteux de la famille.
Jusqu'ici, un compte gratuit pouvait utiliser Flash, le modèle rapide de tous les jours, et même, dans une certaine limite, la version Pro, conçue pour les tâches complexes. Ces deux portes se referment.
Ce n'est pas une simple baisse du nombre de questions par jour. C'est un changement de modèle : quelle que soit la question, la réponse viendra désormais de Flash-Lite. L'application, elle, ne change pas d'apparence : c'est le moteur caché derrière qui change, et vous ne le verrez pas forcément au premier coup d'œil.
La mesure concerne les comptes personnels, sur le site et dans les applications. Les comptes professionnels de Google Workspace ne sont pas touchés. Google n'a pas annoncé de traitement différent pour l'Europe.
Le nouveau plan de cabine
Aux États-Unis, l'offre de Google ressemble désormais à un avion à quatre classes.
En économique, le gratuit : Flash-Lite, et rien d'autre.
En économique premium, AI Plus, à 4,99 dollars par mois : on garde Flash, mais on perd l'accès à Gemini 3.1 Pro, le modèle pensé pour les maths et la programmation.
En affaires, AI Pro, à 19,99 dollars par mois : on garde tous les modèles, et on gagne Deep Think, un mode qui prend plus de temps pour réfléchir aux questions difficiles. Il était jusque-là réservé aux formules les plus chères.
En première, AI Ultra, à partir de 99,99 dollars par mois. Ses abonnés devraient être parmi les premiers à recevoir Gemini 4 Argon, le modèle le plus puissant de Google, aujourd'hui réservé à des experts en sécurité, mais Google n'a donné aucune date.
Google ajoute aussi un réglage d'effort, sur trois niveaux : faible, moyen ou élevé. Plus vous demandez d'effort, plus la réponse est fouillée, et plus elle consomme de votre quota.
Pour reformuler un message, résumer une page, traduire, trouver une idée de recette ou corriger l'orthographe, un petit modèle fait très bien l'affaire. Il montre ses limites sur ce qui demande plusieurs étapes de raisonnement : un problème de maths, un long document technique, du code qui ne marche pas. Faites le test avec trois questions que vous posez souvent. Si les réponses vous conviennent, rien ne presse.
Pourquoi Google ferme le rideau
Chaque réponse d'un grand modèle coûte de l'électricité et du temps de calcul. Plus le modèle est gros, plus la note est salée. Nous l'expliquions à propos de ChatGPT : un service gratuit qui coûte une fortune doit, tôt ou tard, trouver comment payer la facture.
OpenAI a choisi la publicité. Google, qui en vit déjà largement, choisit une autre voie pour son assistant : réserver ses meilleurs modèles à ceux qui paient, et faire du gratuit une vitrine, assez bonne pour donner envie, pas assez pour suffire à tout.
C'est un mouvement qu'on a déjà vu ailleurs. Les services de musique et de vidéo ont commencé généreux, puis ont progressivement réservé le meilleur aux abonnés. L'IA prend le même chemin, à toute vitesse.
Faut-il payer ?
Pas forcément. Trois questions pour décider.
Que demandez-vous vraiment ? Si Gemini vous sert à écrire des messages, traduire ou trouver des idées, Flash-Lite fera l'affaire.
Avez-vous déjà un abonnement ailleurs ? Payer deux assistants pour les mêmes usages est rarement utile. Mieux vaut en choisir un, et bien le connaître.
Le payez-vous déjà sans le savoir ? Certaines offres de stockage ou certains téléphones incluent un abonnement Google pendant quelques mois. Vérifiez dans les paramètres de votre compte avant de sortir la carte bancaire.
Et si vous hésitez, regardez aussi ce que chaque service fait de vos conversations : les assistants ne collectent pas tous la même quantité de données.
Ce qu'on retient
La période où l'on pouvait, gratuitement, poser ses questions les plus difficiles au meilleur modèle d'une grande entreprise touche à sa fin. Le gratuit reste, mais il devient une classe économique, sans surclassement.
Ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle : pour beaucoup d'usages, l'économique suffit largement. Mais il faut désormais savoir dans quelle cabine on voyage, et ce qu'on attend du voyage.