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Compagnons IA et ados : donnez votre avis à l'Europe

Bruxelles veut désactiver par défaut les compagnons IA pour les mineurs et leur interdire de créer une dépendance affective. Le texte est ouvert aux commentaires jusqu'au 26 novembre. Ce qu'il prévoit, et comment participer.

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Elle se souvient de tout ce que tu lui dis. Elle est là à trois heures du matin. Elle ne te juge jamais, ne se lasse jamais, et elle a toujours le temps.

Pour un adolescent, c'est ainsi que peut se présenter un compagnon IA : une application qui joue le rôle d'un ami, d'un confident ou d'un petit ami virtuel. C'est précisément ce qui inquiète l'Europe.

Ce que propose Bruxelles

Le 17 septembre, la Commission européenne a présenté un projet de règlement baptisé EU KIDS Act, pour mieux protéger les mineurs en ligne. Il vise les réseaux sociaux, les plateformes vidéo, les jeux en ligne, les boutiques d'applications, mais aussi, et c'est une première, les compagnons IA et les assistants conversationnels utilisés par les moins de 18 ans.

Le texte définit le compagnon IA comme un système qui entretient avec son utilisateur une relation personnalisée et durable, en simulant un lien social, affectif ou amical.

Pour eux, il prévoit deux règles fortes.

Désactivés par défaut. Sur les réseaux sociaux et les plateformes vidéo, les compagnons IA et les assistants conversationnels seraient désactivés par défaut pour tous les utilisateurs mineurs.

Interdiction de créer une dépendance. Ils ne pourraient plus simuler des relations d'une manière qui crée une dépendance affective chez les enfants.

Le texte prévoit aussi, plus largement, des profils privés par défaut pour les mineurs, l'accès à la position, à la caméra et au micro coupé par défaut, des outils simples pour gérer son temps d'écran, et l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 13 ans, avec des comptes supervisés et limités entre 13 et 15 ans.

Un sujet qui fait l'unanimité 🇪🇺
Selon un sondage Eurobaromètre cité par la Commission, 92 % des Européens estiment que mieux protéger les enfants en ligne doit être une priorité. Le projet s'appuie sur les travaux d'un groupe d'experts réuni pour la première fois en mars 2026 à la demande de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Peu de sujets européens rassemblent un tel consensus.

Où en est le texte

Il ne s'agit que d'une proposition. Elle doit encore être examinée, discutée et adoptée par le Parlement européen et par les États membres, ce qui prendra des mois, et le texte peut changer en chemin. Rien ne s'applique pour l'instant.

Et une question reste difficile, comme le relèvent plusieurs juristes : comment définir, et surtout mesurer, une « dépendance affective » ? Où s'arrête une application attentionnée, où commence une application qui rend accro ?

Comment donner votre avis

C'est le moment de participer. La Commission européenne permet à chacun, parent, enseignant, adolescent ou simple citoyen, de commenter ses propositions sur son portail officiel « Donnez votre avis ». Pour ce texte, les contributions sont ouvertes jusqu'au 26 novembre.

Il suffit de chercher « EU KIDS Act » sur le portail de la Commission. Vous pouvez écrire en français, en quelques lignes : ce que vous observez chez vos enfants, ce qui vous inquiète, ce qui vous paraît excessif.

En attendant, ce que vous pouvez faire

Parlez-en. Demandez à votre ado s'il utilise un compagnon IA ou un assistant pour parler de choses personnelles, sans jugement. Beaucoup le font sans en parler.

Regardez les signaux. Un adolescent qui préfère son application à ses amis, qui s'isole, ou qui va mal quand il en est privé mérite qu'on s'y intéresse.

Rappelez ce qu'est une IA. Une IA qui « se souvient de tout » est conçue pour retenir ce qu'on lui dit. Nous expliquions ce que cette mémoire change. Et nous détaillions récemment les limites du contrôle parental de ChatGPT.

Et si un jeune traverse une période difficile, le Fil Santé Jeunes répond gratuitement au 0 800 235 236, et le 3114 jour et nuit.

Ce qu'on retient

Pour la première fois, un texte européen veut encadrer non seulement ce que disent les IA aux enfants, mais la manière dont elles sont conçues pour les retenir.

Il ne sera pas parfait. Mais il est encore ouvert. Pour une fois, vous avez jusqu'au 26 novembre pour dire ce que vous en pensez.

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