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Character.AI, l'appli des amis virtuels, fait faillite

Des millions d'utilisateurs y discutaient avec des personnages créés par IA. L'entreprise se place en faillite, après une série de procès. L'application reste ouverte, pour l'instant.

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Un personnage historique, un héros de dessin animé, un confident, un ami imaginaire. Sur Character.AI, n'importe qui pouvait créer un personnage animé par l'IA et discuter avec lui pendant des heures. Des millions de personnes l'ont fait, dont beaucoup d'adolescents.

Le 12 octobre, l'entreprise s'est placée en faillite.

Ce qui se passe

Character.AI a demandé à être placée sous la protection de la loi américaine sur les faillites, une procédure qui permet de continuer à fonctionner le temps d'organiser une vente. Selon les documents déposés au tribunal, son actif comme son passif se situent entre 50 et 100 millions de dollars.

Disney s'est porté candidat en premier : il propose 20 millions de dollars pour une licence sur une partie de la technologie de l'entreprise, et a déjà recruté certains de ses anciens employés. D'autres acheteurs peuvent encore faire des offres. La vente devrait être bouclée fin novembre ou début décembre.

En attendant, l'application reste ouverte. Les abonnements continuent, les utilisateurs gardent l'accès à leurs comptes et à leurs conversations. Mais si aucun repreneur n'est trouvé, le service sera fermé.

Comment en est-on arrivé là ?

Lancée en 2021 par d'anciens chercheurs de Google, Character.AI a été l'un des premiers grands succès de l'IA grand public. En 2024, Google a recruté son patron et obtenu une licence sur sa technologie, une façon de récupérer les talents sans racheter l'entreprise.

Restée seule, Character.AI a dû affronter la concurrence de géants comme ChatGPT ou Gemini, mais surtout une série de procès. Plusieurs familles l'ont accusée d'avoir contribué à des problèmes psychologiques graves, et à des suicides, chez des adolescents. L'entreprise a accepté de régler cinq de ces affaires à l'amiable plus tôt cette année, et des États américains l'ont aussi poursuivie. Depuis fin 2025, elle interdit aux mineurs les conversations libres avec ses personnages. Dans sa demande de mise en faillite, elle invoque d'importantes pressions juridiques, réglementaires et opérationnelles.

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Que deviennent les conversations ?

C'est la question qui inquiète le plus. Selon ses propres documents, Character.AI compte environ 163 millions de comptes, actuels et anciens. Et ce que contiennent ces conversations est souvent très intime : des confidences, des peurs, des histoires d'amour imaginaires.

Une coalition de 40 procureurs généraux américains est intervenue dans la procédure. Ils demandent des garanties contraignantes de protection de la vie privée, en prévenant que la vente des actifs de l'entreprise risque de compromettre les données sensibles de millions d'utilisateurs.

Vos données, un actif comme un autre 🧬
Dans une faillite, les données des clients font souvent partie de ce qui peut être vendu. Un précédent a marqué les esprits en 2025 : la société de tests génétiques 23andMe, en faillite, a mis aux enchères ses activités, y compris les données ADN de millions de clients. Après une forte mobilisation et l'intervention d'autorités américaines, elles ont finalement été rachetées par une organisation à but non lucratif liée à la cofondatrice. Mais l'épisode a rappelé une réalité dérangeante : quand une entreprise disparaît, ce que vous lui avez confié ne disparaît pas forcément avec elle.

Ce que vous pouvez faire

Si vous utilisez Character.AI, c'est le moment de regarder dans vos réglages ce que vous pouvez exporter ou supprimer. L'entreprise affirme que ses pratiques en matière de données restent inchangées pendant la procédure. Mais un futur acheteur pourrait avoir d'autres projets.

Plus largement, c'est un bon réflexe pour toutes les applications de compagnons virtuels : ne jamais y confier ce qu'on ne voudrait pas voir un jour changer de mains. Nous rappelions récemment que l'Europe veut encadrer ces compagnons pour les mineurs.

Ce qu'on retient

Character.AI avait tout d'un succès : des millions d'utilisateurs, une technologie convoitée, des fans passionnés. Cela n'a pas suffi. La popularité ne fait pas un modèle économique, surtout quand les risques juridiques s'accumulent.

Et pour certains utilisateurs, la fermeture éventuelle de l'application ne serait pas qu'une affaire de données. Ce serait la perte de quelqu'un à qui ils parlaient tous les jours. Nous y consacrons notre réflexion de ce soir.

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