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Amazon note ses entrepôts selon le « risque syndical »

Des documents internes décrivent Atlas, une IA qui attribue à chaque entrepôt une note selon la probabilité que les salariés s'y organisent. Elle analyserait jusqu'à leurs messages sur Reddit.

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Garfield Hylton, salarié d'un entrepôt Amazon au Royaume-Uni, sait depuis longtemps que l'entreprise enregistre chaque minute de sa journée de travail.

Ce qu'il ignorait sans doute, c'est que son entrepôt pouvait aussi avoir une note.

Ce que révèlent les documents

Des documents internes d'Amazon ont été rendus publics lors d'un litige qui l'opposait à un syndicat au Canada, dans lequel l'autorité locale chargée des relations de travail a jugé que l'entreprise avait enfreint plusieurs lois. Ils semblent servir à la formation des managers.

Ils décrivent un outil d'IA baptisé Atlas. Son rôle : estimer, pour chaque entrepôt, la probabilité que les salariés s'organisent, en créant un syndicat ou en menant une action collective.

Pour cela, Atlas rassemblerait des centaines d'informations : les réponses des salariés aux questionnaires internes, les messages sur le forum interne de l'entreprise, des publications sur Reddit, dont il analyse les mots qui reviennent et les réactions qu'ils suscitent, mais aussi les données de sécurité au travail, les niveaux de salaire, ou la proximité avec d'autres sites déjà syndiqués.

Une note de 100 à 900

Chaque entrepôt reçoit une note entre 100 et 900. Plus elle est basse, plus Atlas estime que les salariés risquent de s'organiser. Les sites sont ensuite classés en cinq catégories, de « aucun risque immédiat perçu » à « action imminente ».

Selon les documents, 16 entrepôts aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni figurent dans la catégorie la plus élevée, dont deux sites britanniques près de Coventry et de Birmingham, où des salariés mènent justement une campagne pour faire reconnaître un syndicat.

Les réactions

Le syndicat britannique GMB a dénoncé une pratique digne de George Orwell, et demandé au gouvernement d'exiger des explications. Un salarié de l'entrepôt de Coventry a rappelé une évidence : c'est aux travailleurs de décider s'ils veulent se syndiquer.

Amazon affirme qu'un dispositif appelé Atlas n'est pas utilisé actuellement au Royaume-Uni, et que l'outil fonctionne à l'échelle des sites, pas des individus. L'entreprise a toujours assuré ne pas vouloir empêcher ses salariés d'adhérer à un syndicat. Des juristes interrogés estiment que ces documents jettent le doute sur cette affirmation.

Ce que dit le droit français ⚖️
En France, un tel outil se heurterait à deux obstacles sérieux. L'appartenance syndicale fait partie des données que le règlement européen sur la protection des données classe parmi les plus sensibles, et leur traitement est en principe interdit. Et le Code du travail interdit à un employeur de prendre en compte l'activité syndicale dans ses décisions, qu'il s'agisse d'embauche, de promotion, de discipline ou d'organisation du travail. La liberté syndicale est par ailleurs un droit inscrit dans le préambule de la Constitution.

Ce que ça dit de l'IA au travail

On parle souvent de l'IA qui surveille la productivité. Atlas va plus loin : il ne mesure pas ce que font les salariés, il tente de prévoir ce qu'ils pourraient faire ensemble.

C'est un nouveau déséquilibre. Pour s'organiser, des salariés ont besoin de se parler, souvent discrètement. Une IA qui lit les signaux faibles de ces conversations donne à l'employeur un temps d'avance. Ce n'est pas le premier cas où l'IA transforme les travailleurs en données, comme le montraient ces ouvriers indiens qui filment leurs gestes.

Ce qu'on retient

Une IA capable d'anticiper un mouvement collectif n'est pas neutre. Elle donne à celui qui la possède un pouvoir nouveau sur ceux qu'elle observe.

La question n'est pas seulement de savoir si Atlas est légal ici ou là. C'est de savoir quel genre de lieu de travail nous voulons, quand une machine peut deviner ce que les salariés se disent avant même qu'ils ne le décident.

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