On nous promet des robots domestiques depuis les années 1950. Les dessins animés en étaient pleins : un robot qui fait la cuisine, passe l'aspirateur, range la chambre et plie le linge.
Soixante-dix ans plus tard, nous avons des IA qui écrivent des romans, réussissent des examens de médecine et programment des logiciels. Et toujours pas de robot pour vider le lave-vaisselle.
Comment c'est possible ?
Ce qui est dur pour nous est facile pour la machine
Les chercheurs en robotique ont un nom pour ce phénomène, et il est très simple à comprendre.
Ce que nous trouvons difficile — calculer, jouer aux échecs, rédiger un texte technique — nous l'avons appris tard, à l'école, avec effort. Ce sont des compétences récentes à l'échelle de l'humanité.
Ce que nous trouvons facile — marcher, attraper un verre, reconnaître un visage, plier une chemise — nous le faisons sans y penser. Mais c'est justement parce que des millions d'années d'évolution l'ont perfectionné en nous.
Pour une machine, c'est l'inverse. Les échecs, c'est des règles claires : facile. Attraper un verre, c'est un cauchemar.
Pourquoi attraper un verre est si compliqué
Prenez une seconde pour y penser. Quand vous attrapez un verre, votre cerveau fait tout ça sans vous demander votre avis :
Il estime le poids avant même que vous le touchiez. Il ajuste la force pour ne pas le lâcher ni l'écraser. Il sent s'il glisse et resserre les doigts en un centième de seconde. Il sait qu'un verre plein se tient autrement qu'un verre vide.
Votre main contient des milliers de capteurs qui envoient ces informations en continu. Aucun robot n'a encore une main qui ressemble, de près ou de loin, à la vôtre.
Les IA qui écrivent si bien ont appris en lisant des milliards de pages disponibles sur internet. Pour apprendre à plier un t-shirt, il n'existe aucune bibliothèque géante de pliages. Le robot doit apprendre par l'expérience, avec un vrai corps, en ratant des milliers de fois. C'est lent, ça coûte cher, et ça abîme du matériel. Une solution se développe : faire s'entraîner les robots dans des simulations, comme un jeu vidéo, avant de les lâcher dans le monde réel. C'est ainsi qu'un robot de la taille d'un insecte vient d'apprendre à faire des saltos.
Votre maison est un enfer pour un robot
Il y a une deuxième raison, et elle concerne votre salon.
Dans une usine, tout est rangé, identique, au même endroit. Les objets arrivent toujours de la même façon. Un robot peut y être très efficace, et c'est pour ça que les usines en sont pleines depuis longtemps.
Chez vous, c'est le chaos. Un chat qui passe. Une chaussette sous le canapé. Un jouet au milieu du couloir. Un verre posé à un endroit inhabituel. Chaque maison est différente, et chaque jour elle change.
Un robot efficace dans un monde ordonné est perdu dans un monde désordonné. Et le monde des humains est très désordonné.
Alors, quand ?
Les choses avancent, vraiment. Des robots humanoïdes commencent à sortir de chaînes de production. Des entreprises distribuent gratuitement le logiciel qui fait bouger leurs bras mécaniques, pour accélérer la recherche.
Mais l'ordre sera toujours le même : d'abord les usines, puis les entrepôts, puis les hôpitaux et les commerces, et en tout dernier les maisons. Parce que la maison est l'endroit le plus imprévisible de tous.
Un conseil : si on vous promet un robot qui fera tout votre ménage d'ici deux ans, souriez poliment.
Ce qu'on retient
La prochaine fois que vous plierez un t-shirt en regardant la télé, sans même y penser, rappelez-vous une chose.
Vous êtes en train de faire quelque chose que les meilleurs ingénieurs du monde, avec des milliards de dollars, ne savent toujours pas faire faire à une machine.
Ce n'est pas rien.