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Les comptes d'Anthropic révélés avant la Bourse

Le Wall Street Journal a consulté le projet de dossier d'introduction en Bourse du créateur de Claude. Une croissance vertigineuse, une perte record, et des engagements colossaux. Ce que disent vraiment les chiffres.

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Pendant cinq ans, personne à l'extérieur ne savait précisément combien gagnait et dépensait Anthropic, l'entreprise qui a créé l'assistant Claude. Comme toute société non cotée, elle n'avait aucune obligation de publier ses comptes.

Cette semaine, le voile s'est levé.

D'où viennent ces chiffres

Anthropic prépare son entrée en Bourse. En juin, l'entreprise a déposé un projet de dossier confidentiel auprès du gendarme boursier américain. Ce document, appelé « S-1 », doit présenter en détail les finances et les risques de l'entreprise avant que ses actions ne soient proposées au public. Selon la presse, la cotation pourrait intervenir dès novembre, avec une valorisation visée jusqu'à 2 000 milliards de dollars.

Le Wall Street Journal a pu consulter ce projet. Une précaution importante : il ne s'agit pas encore du document définitif rendu public, et certains chiffres peuvent évoluer.

Une croissance vertigineuse

Au premier semestre 2026, Anthropic a réalisé 16,3 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Un an plus tôt, sur la même période, c'était 1,1 milliard. Les ventes ont donc été multipliées par près de quinze en un an. Sur toute l'année 2025, elles atteignaient environ 4,6 milliards.

Peu d'entreprises dans l'histoire ont connu une telle accélération.

Une perte record, surtout sur le papier

Dans le même temps, Anthropic affiche une perte nette de 80,7 milliards de dollars sur six mois, contre 13 milliards un an plus tôt. Le chiffre est spectaculaire, mais il demande une explication.

Selon le journal, environ 72 milliards de cette perte proviennent d'une écriture comptable liée à des obligations convertibles, c'est-à-dire des prêts qui peuvent se transformer en actions. Quand la valeur d'une entreprise explose, ce que vaudront ces actions explose aussi, et les règles comptables obligent à l'inscrire comme une perte. Mais aucun argent n'est réellement sorti des caisses pour cette partie-là.

La perte liée à l'activité elle-même est donc bien plus faible. Elle reste toutefois réelle : les dépenses de calcul ont avoisiné 9 milliards de dollars sur le semestre.

Comment se passe une entrée en Bourse 📈
Aux États-Unis, une entreprise qui veut entrer en Bourse dépose d'abord un dossier, souvent en toute confidentialité, auprès de la SEC, le gendarme boursier. Après plusieurs allers-retours, elle doit rendre ce dossier public au moins quinze jours avant de partir à la rencontre des investisseurs, lors d'une tournée de présentation appelée « roadshow ». C'est à l'issue de cette tournée que le prix des actions est fixé, juste avant le premier jour de cotation. Le dossier public est souvent un document de plusieurs centaines de pages, où l'entreprise doit détailler tous les risques qui pèsent sur elle.

Des engagements colossaux

C'est peut-être le chiffre le plus vertigineux : Anthropic s'est engagée à dépenser environ 450 milliards de dollars en puissance de calcul auprès des grands fournisseurs de cloud sur les sept à dix prochaines années, dont environ 111 milliards avec Google et 110 milliards avec Amazon.

Ces engagements reflètent le pari de toute l'industrie : il faudra toujours plus de calcul pour construire des modèles plus puissants. Mais ils posent une question, au moment où le grand chantier américain des centres de données commence à se fissurer : que se passe-t-il si la croissance ralentit ?

Les risques à surveiller

La dépendance à quelques clients. Selon le document, environ un cinquième du chiffre d'affaires provient de deux clients seulement. Si l'un d'eux réduit ses dépenses, l'impact serait immédiat.

La concurrence. Google, Meta et Microsoft viennent tous de sortir ou de terminer de nouveaux modèles de pointe. La course ne laisse aucun répit.

La réglementation et les incidents. Anthropic fait partie des entreprises interrogées par l'Europe après les incidents de l'été, et les risques juridiques de tout le secteur inquiètent jusqu'aux assureurs.

Ce qu'on retient

Les comptes d'Anthropic racontent l'histoire de toute l'IA de pointe : des revenus qui explosent, et des dépenses qui explosent encore plus vite. Les investisseurs devront décider si cette course vers le haut finira par devenir rentable.

Si l'opération se confirme, elle pourrait être l'une des plus grandes entrées en Bourse de l'histoire. Elle sera surtout un test grandeur nature : celui de la confiance des marchés dans l'économie de l'intelligence artificielle.

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