Vous demandez à votre agent d'IA de vous commander une paire de chaussures, de réserver une table pour samedi, de trouver un billet d'avion pour Noël. Quelques minutes plus tard, il revient avec une réponse inattendue : « Je n'ai pas pu. »
Ce n'est pas une panne. Le site lui a fermé la porte.
Ce qui se passe
Selon une enquête du site américain The Verge, les utilisateurs de plusieurs agents d'IA, dont Muse de Meta, Grok de xAI ou les assistants autonomes d'OpenAI, constatent depuis quelques semaines qu'ils ne peuvent plus accomplir certaines tâches sur de grands sites.
Amazon a fait savoir à Meta que l'accès de son agent Muse violait ses règles. D'autres agents ne parviennent plus à y faire d'achats. La compagnie aérienne Delta empêche les agents de réserver des billets. Le site d'avis Yelp n'accepte que les agents des entreprises qui paient pour accéder à ses données. Et comme nous l'expliquions lundi, les grandes banques bloquent les agents qui veulent déplacer de l'argent. Des utilisateurs signalent aussi des blocages sur des sites de vente de voitures ou de réservation de trains.
Pourquoi les sites disent non
Pour se protéger. Un agent qui se connecte avec les identifiants d'un client, qui achète, réserve ou paie à sa place, c'est un risque de fraude et d'erreur. Et en cas de problème, qui est responsable ?
Pour garder leurs clients. C'est l'argument le moins avoué, et sans doute le plus important. Un site comme Amazon gagne aussi de l'argent grâce aux publicités et aux suggestions que voient ses visiteurs. Un agent qui vient acheter un produit sans regarder rien d'autre ne voit aucune publicité. Il prive le site de ce qui le fait vivre.
Pour faire payer. Les données d'un site ont de la valeur. Yelp l'assume : les agents peuvent venir, à condition de payer.
Ce bras de fer n'est pas nouveau. L'an dernier, Amazon avait déjà interdit l'agent d'achat de la start-up Perplexity, avant de la poursuivre en justice.
En 1994, un ingénieur néerlandais, Martijn Koster, propose une convention toute simple : un petit fichier texte, baptisé robots.txt, qu'un site place à sa racine pour indiquer aux robots d'exploration ce qu'ils ont le droit de visiter ou non. Ce n'est pas une loi, seulement une règle de politesse que les moteurs de recherche ont choisi de respecter pendant trente ans. Avec les agents d'IA, qui ne se contentent plus de lire mais agissent, cette vieille convention ne suffit plus, et les sites passent aux barrières.
L'autre voie : des portes payantes
Tout le monde ne ferme pas. La plateforme de boutiques en ligne Shopify a choisi l'inverse, en ouvrant les magasins qu'elle héberge aux agents d'IA, selon des règles qu'elle fixe. Les banques préparent, elles, des accès en lecture seule.
On voit se dessiner un web à deux portes : une pour les humains, une pour les agents, souvent payante, toujours contrôlée.
Ce que ça change
Pour les entreprises de l'IA, c'est un coup dur. Leur promesse repose sur des agents capables de tout faire pour nous en ligne, comme ceux qu'OpenAI présentait début octobre. Chaque porte fermée réduit leur utilité.
Pour les utilisateurs, cela risque de rendre le web un peu plus pénible : multiplication des vérifications pour prouver qu'on est bien un humain, et services réservés à ceux qui paient.
Ce qu'on retient
Le web a été construit pour des humains. Les agents d'IA y entrent comme des visiteurs d'un nouveau genre, et les propriétaires des lieux commencent à poser leurs conditions.
L'avenir des agents ne se jouera pas seulement dans les laboratoires, mais dans ces négociations, site par site. Un agent capable de tout faire ne sert pas à grand-chose si on ne le laisse entrer nulle part.