Aller au contenu

Le Pentagone crée un commandement pour ses robots

Drones, robots, intelligence artificielle : les États-Unis annoncent leur premier nouveau commandement militaire depuis 2019. Ce qu'il fera, et la question qu'il laisse ouverte.

Espace publicitaire

L'armée américaine est organisée en grands « commandements de combat ». Un pour l'Europe, un pour le Pacifique, un pour l'espace, et quelques autres. Chacun est dirigé par un général quatre étoiles. On en crée très rarement : le dernier, consacré à l'espace, date de 2019.

Le 30 septembre, un nouveau a été annoncé. Son domaine : les machines qui combattent.

Ce qui a été annoncé

Lors d'un grand discours devant des centaines de militaires sur la base de Quantico, en Virginie, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé la création de l'Autonomous Warfare Command, abrégé en AutoWarCom. En français, le commandement de la guerre autonome.

Il couvrira les drones, l'intelligence artificielle et les systèmes qui les relient entre eux, pour toutes les armées américaines. Il sera dirigé par un général quatre étoiles et disposera de pouvoirs proches de ceux d'une armée à part entière : il pourra lui-même développer, acheter et déployer ses propres technologies. Il doit être opérationnel d'ici le 1er octobre 2027.

Pour justifier ce choix, Pete Hegseth a eu une formule : le rythme de la guerre change plus vite que les procédures censées l'accompagner.

Pourquoi maintenant

Les conflits récents, à commencer par la guerre en Ukraine, ont montré le poids décisif des drones. Des appareils bon marché, produits en masse, ont bouleversé des champs de bataille dominés jusque-là par des chars et des avions qui coûtent des dizaines de millions.

Le Pentagone veut en tirer les conséquences : passer de quelques armes très chères à beaucoup de systèmes moins coûteux, de plus en plus autonomes, pilotés ou assistés par l'IA.

« SI », même dans l'armée 🎖️
Dans son discours, Pete Hegseth a présenté la guerre des drones, appuyée par un ciblage piloté par la « SI », comme la plus grande révolution sur le champ de bataille depuis des générations. « SI », pour superintelligence : le nouveau nom imposé à l'IA par le décret présidentiel signé la veille. Il n'aura pas fallu vingt-quatre heures pour qu'il entre dans le vocabulaire militaire.

La question qui reste ouverte

L'annonce ne dit pas l'essentiel : jusqu'où ces machines pourront-elles décider seules ?

Il y a une différence immense entre un drone qui repère une cible et attend qu'un humain valide le tir, et un drone qui choisit et frappe sans intervention humaine. Le mot « autonome » recouvre les deux.

Depuis 2012, une directive du Pentagone, mise à jour en 2023, impose que les systèmes d'armes laissent aux militaires des niveaux appropriés de jugement humain sur l'usage de la force. Tout dépend de ce qu'on met derrière le mot « appropriés ». L'annonce d'AutoWarCom ne le précise pas.

Quelques jours plus tard, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, appelait à agir d'urgence pour interdire que des machines décident de qui vit et de qui meurt. Sur ce point, les positions restent très éloignées.

Ce qu'on retient

En deux semaines, Washington a rebaptisé l'IA, confié sa politique au chef du renseignement, comme nous le racontions avec la création de la Super Intelligence Force, et annoncé un commandement militaire consacré aux machines. La direction est claire : l'IA est désormais pensée d'abord comme un enjeu de puissance.

La guerre des machines n'est plus une hypothèse de science-fiction. C'est une ligne dans un organigramme. Reste à savoir où, dans cet organigramme, se trouvera la place de l'humain.

Espace publicitaire