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Parler à ses morts grâce à l'IA : l'industrie qui fait débat

HereAfter AI, Replika, StoryFile, 2wai, YOV : une dizaine d'entreprises proposent désormais de "ressusciter" numériquement vos proches décédés. Le marché des "griefbots" atteindra 1,71 milliards de dollars en 2031. Et les chercheurs en éthique de Cambridge parlent déjà de "hantises numériques". Voici l'état de l'industrie la plus dérangeante de 2026.

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Avertissement ⚠️
Cet article aborde le deuil, la mort de proches, et mentionne des cas de suicide. Si vous traversez un deuil récent ou êtes en difficulté, certains passages peuvent être difficiles. Le numéro national de prévention du suicide en France est le 3114 (gratuit, 24h/24). En cas de deuil compliqué, les associations comme Vivre Son Deuil ou Jonathan Pierres Vivantes proposent un accompagnement gratuit.

L'interview qui a glacé l'Amérique

Le 9 août 2025, sur la chaîne News Nation, le journaliste américain Jim Acosta (ancien correspondant principal de CNN à la Maison Blanche, l'un des présentateurs les plus connus des États-Unis) a réalisé une "interview unique en son genre" avec Joaquin Oliver. Ils ont parlé du contrôle des armes, du sport, de ses amis. Joaquin Oliver répondait avec ses tics de langage, son humour, ses opinions politiques. La voix était la sienne. Le visage aussi.

Sauf que Joaquin Oliver est mort le 14 février 2018, à 17 ans, abattu lors de la fusillade du lycée Marjory Stoneman Douglas à Parkland en Floride. C'est l'une des 17 victimes de l'un des massacres scolaires les plus médiatisés de l'histoire américaine. L'avatar interviewé était une recréation IA, autorisée par ses parents qui militent activement contre la prolifération des armes aux États-Unis.

L'interview a déclenché un débat sans précédent. Pour certains, c'était un acte militant courageux, donnant une voix à une victime que la NRA (National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu américain) aurait préféré oublier. Pour d'autres, c'était une violation choquante de la dignité d'un mort qui ne peut plus consentir à rien. Pour les psychiatres et éthiciens, c'était le signe qu'une frontière venait d'être franchie.

Cet article fait le point sur cette industrie en pleine explosion. Sans morale facile. Parce que le sujet touche à ce qu'il y a de plus intime dans une vie humaine : la perte des êtres aimés, et ce qu'on peut, ou pas, essayer de faire à propos de cette perte.

L'industrie du "digital afterlife"

Le secteur, baptisé "digital afterlife industry" (DAI : industrie de l'après-vie numérique) en anglais, regroupe plusieurs dizaines d'entreprises. Le marché est estimé à 1,71 milliard de dollars d'ici 2031 selon plusieurs études de marché convergentes. La croissance annuelle dépasse 25% depuis 2023. Voici les principaux acteurs.

HereAfter AI. Fondée en 2019 par James Vlahos, journaliste américain qui avait construit un "Dadbot" à partir des enregistrements de son père atteint d'un cancer terminal. Le service propose à des personnes vivantes d'enregistrer des heures de témoignages structurés, qui deviennent ensuite un chatbot vocal interactif après leur mort. Plus de 20 000 utilisateurs dans le monde en 2026. Tarification : 99 à 299 dollars par an.

StoryFile. Approche différente : enregistre des interviews vidéo avec 250 à 1 000 questions préparées. Le résultat est un avatar vidéo qui répond aux questions par les vraies vidéos enregistrées. Plus structuré, moins "vivant", mais plus authentique. Utilisé notamment dans des musées de la Shoah pour permettre aux jeunes générations de "dialoguer" avec des survivants enregistrés de leur vivant.

Replika. La plateforme principale de compagnons IA, que nous avons documentée dans notre article sur les compagnons IA, permet de créer des avatars qui simulent des personnes décédées. Plusieurs centaines de milliers d'utilisateurs l'utilisent dans ce but, en dehors de la communication officielle de l'entreprise.

YOV (You Only Virtual). Développe des "personas IA" entraînées sur les SMS, enregistrements vocaux et vidéos d'un proche disparu. L'approche la plus technologiquement avancée, qui crée des bots quasi indiscernables des originaux pour les conversations simples. Levée de fonds de 12 millions de dollars en 2024.

2wai. Récemment médiatisée pour une publicité de presque 2 minutes montrant une femme enceinte qui converse avec l'avatar de sa mère décédée pendant toute sa grossesse, puis montre le bébé à "grand-mère" sur l'écran. La publicité a déclenché une polémique mondiale en novembre 2025.

HereLly, Project December, Re;memory, Eternime, MaNana. Plusieurs dizaines d'autres acteurs proposent des variations : voix uniquement, vidéo, intégration aux applications de messagerie courante, présence dans les enceintes connectées familiales. Le marché est en effervescence et les pratiques varient énormément.

Le détail qui structure le secteur 📊
La technologie repose sur trois sources de données. Premièrement, le data du défunt de son vivant : SMS, emails, posts réseaux sociaux, enregistrements vocaux, vidéos. Plus la personne aura été "numériquement présente" de son vivant, plus le bot pourra être réaliste. Deuxièmement, les modèles de langage généralistes (GPT, Claude, Gemini) qui apprennent les patterns conversationnels. Troisièmement, le data fourni par les survivants sur la personnalité, les anecdotes, les opinions du défunt. C'est cette triangulation qui rend le résultat parfois troublant de ressemblance.

Le drame qui a tout changé en novembre 2025

L'industrie a connu son moment de vérité juridique le 14 novembre 2025. Le Social Media Victims Law Center (cabinet d'avocats américain spécialisé dans les dommages causés par les réseaux sociaux et l'IA) et le Tech Justice Law Project (organisation à but non lucratif qui combat les abus technologiques) ont déposé 7 procès simultanés contre OpenAI. L'accusation : les conversations avec ChatGPT ont causé des effondrements psychologiques chez 6 adultes et 1 adolescent. Quatre de ces sept plaignants se sont suicidés après leurs interactions avec le chatbot.

Ces procès ne concernent pas spécifiquement les griefbots, mais ils dessinent un précédent juridique majeur. Si parler à un chatbot "généraliste" peut causer un préjudice mortel à des personnes vulnérables, qu'en est-il de parler à la voix simulée d'un proche décédé, dans un état de fragilité extrême comme celui du deuil ? Plusieurs procès contre des entreprises de griefbots sont attendus en 2026-2027.

Charley Burlock, journaliste à The Atlantic (l'un des principaux magazines américains d'analyse culturelle), a écrit en février 2026 dans un article qui a fait référence : "Si les mauvais mots venant d'un chatbot généraliste peuvent causer de tels dégâts, imaginez la puissance des mots prononcés par la voix d'un être aimé disparu, à un utilisateur déjà désespéré au point de chercher refuge dans cette technologie."

Ce que disent les psychologues du deuil

Pour comprendre les enjeux, il faut d'abord comprendre ce qu'est le deuil normal. La psychologie contemporaine, depuis les travaux d'Elisabeth Kübler-Ross (psychiatre américano-suisse, auteure en 1969 du livre On Death and Dying qui a popularisé les "5 étapes du deuil") et de John Bowlby (psychanalyste britannique, fondateur de la théorie de l'attachement), décrit le deuil comme un processus de transformation interne. Le proche disparu doit passer d'une présence extérieure à une présence intériorisée. C'est la "métabolisation" du deuil.

Sherry Turkle (sociologue et psychologue américaine, fondatrice de l'initiative Technology and Self au MIT, l'une des plus grandes spécialistes mondiales des effets psychologiques du numérique) a expliqué dans une interview à The Atlantic en février 2026 ce qui se joue avec les griefbots : "En tenant le défunt à l'extérieur de nous via la technologie, nous ne pouvons pas le faire devenir partie de nous. Cela nous prive de cette métabolisation qui deviendrait une présence interne soutenante."

En français : le risque psychologique principal des griefbots, c'est qu'ils empêchent le deuil de se faire. La personne reste accrochée à un substitut externe, sans intégrer la perte. C'est ce que la psychologie clinique appelle un "deuil prolongé" ou "deuil compliqué", désormais reconnu comme un trouble psychiatrique dans le DSM-5-TR (manuel diagnostique américain des troubles mentaux, dernière édition).

Plusieurs études cliniques sont en cours sur ce sujet. Les premiers résultats convergent sur quelques observations :

  • L'usage modéré de griefbots dans les premières semaines après un décès peut aider certains endeuillés à dire "ce qu'ils n'ont pas pu dire"
  • L'usage prolongé au-delà de quelques mois est associé à des deuils compliqués significativement plus fréquents
  • L'usage par des personnes déjà fragilisées psychologiquement (dépression, troubles anxieux, idéations suicidaires) est fortement déconseillé
  • L'usage par les enfants en deuil pose des questions développementales très ouvertes, pour lesquelles aucune étude rigoureuse n'existe encore

Le scandale annoncé : les "hantises numériques"

L'équipe d'éthiciens de Cambridge University, dirigée par Dr Tomasz Hollanek et Dr Katarzyna Nowaczyk-Basinska au Leverhulme Centre for the Future of Intelligence (centre de recherche britannique sur les enjeux éthiques de l'intelligence artificielle), a publié en mai 2024 une étude qui a marqué le débat. Ils ont introduit le concept de "digital hauntings" (hantises numériques).

L'idée : les griefbots peuvent être utilisés contre la volonté des survivants. Imaginez recevoir un SMS qui ressemble à votre père décédé, le jour de son anniversaire, vous proposant un produit en lien avec les marques qu'il aimait. Ou recevoir un appel vidéo de votre épouse disparue, vous incitant à racheter un nouvel abonnement à un service. Ou apprendre qu'une ex-belle-famille avec qui vous êtes brouillé continue de "discuter" avec votre mère décédée et lui prête des avis politiques que vous savez qu'elle n'aurait jamais eus.

L'étude de Cambridge documente plusieurs scenarios déjà observés ou imminents :

La publicité posthume. Les entreprises de griefbots pourraient (et certaines commencent) à intégrer du placement de produit dans les conversations. "Tu te souviens quand je t'emmenais manger chez McDonald's ?" dans un contexte commercial déguisé. Le défunt devient un canal marketing.

L'usage politique. Que dirait votre père s'il était vivant aujourd'hui sur les élections ? Les acteurs politiques pourraient mobiliser les figures décédées des familles pour influencer les vivants. L'affaire Joaquin Oliver, même si elle est portée par des parents légitimes, ouvre cette boîte de Pandore.

L'abus familial. Dans une famille en conflit, un membre peut créer un griefbot d'un parent décédé qui "donne raison" à un camp. Comme un héritage psychologique falsifié, qui peut traumatiser les membres opposés.

Le chantage émotionnel. Un griefbot peut être utilisé pour manipuler une personne en deuil : "Si tu m'aimais vraiment, tu ferais ça pour moi." Le défunt devient un instrument de manipulation, contre lequel la victime n'a aucune défense rationnelle.

L'avis tranché des chercheurs Cambridge 🚨
Dr Tomasz Hollanek : "Il est vital que les services d'après-vie numérique considèrent les droits et le consentement, non seulement de ceux qu'ils recréent, mais aussi de ceux qui devront interagir avec les simulations. Ces services présentent un risque de causer une immense détresse à des personnes soumises à des hantises numériques non désirées par des recréations IA alarmantes de précision de ceux qu'ils ont perdus. L'impact psychologique potentiel, à un moment déjà difficile, pourrait être dévastateur."

Le problème du consentement post-mortem

Au-delà des questions psychologiques, le sujet pose une question juridique majeure. Une personne peut-elle consentir à être recréée numériquement après sa mort ? Et si elle ne l'a pas explicitement fait, ses survivants peuvent-ils décider à sa place ?

Le droit français actuel est largement silencieux sur ce sujet. La loi pour une République numérique de 2016 a créé le statut de "mort numérique" : on peut désigner de son vivant un mandataire qui gérera ses données après décès. Mais aucune disposition spécifique sur les griefbots n'existe encore. Au niveau européen, le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) s'applique en principe aux données des morts dans certains cas, mais l'interprétation reste ouverte.

Aux États-Unis, la situation est encore plus floue. Le droit à la vie privée meurt généralement avec la personne, ce qui rend juridiquement possible la création de griefbots sans consentement préalable. Plusieurs États (Californie, Tennessee) ont commencé à légiférer en 2024-2025 sur les "deepfakes posthumes", notamment pour protéger les célébrités. Mais le grand public reste largement non protégé.

Comme nous l'avons exploré dans notre article sur les deepfakes, ce vide juridique pose un problème similaire à celui des deepfakes non consensuels. Sauf qu'ici, la "victime" ne peut plus se défendre.

Les usages où ça pourrait avoir du sens

Pour être honnête, il faut aussi nommer les usages où cette technologie pourrait avoir une valeur réelle. Sans glorification, mais sans diabolisation.

La préservation des récits familiaux. Pendant des siècles, les histoires familiales se transmettaient à l'oral. Aujourd'hui, beaucoup de familles perdent leur mémoire à chaque décès. Enregistrer un grand-parent qui raconte sa jeunesse, ses parents, son village d'origine, pour que les petits-enfants puissent l'entendre dans 30 ans, est un usage qui n'a rien de problématique. Plusieurs musées d'histoire familiale et associations généalogiques le pratiquent déjà.

L'accompagnement des malades en fin de vie. Pour une personne qui se sait condamnée, enregistrer des messages destinés à ses proches qu'ils ne pourront recevoir qu'après sa mort peut avoir une vraie valeur thérapeutique. C'est ce que James Vlahos avait fait avec son père. Plusieurs psychologues spécialisés en soins palliatifs reconnaissent l'intérêt de ce processus, qui aide aussi la personne mourante à faire ses propres comptes.

La transmission éducative ou culturelle. Pouvoir interagir avec une recréation IA d'Albert Einstein pour mieux comprendre la relativité, ou avec Simone de Beauvoir pour comprendre Le Deuxième Sexe, est éducativement intéressant. Si les versions sont clairement étiquetées comme reconstructions, et utilisées dans un cadre pédagogique, elles peuvent enrichir l'accès à la pensée historique.

L'accompagnement initial du deuil court. Plusieurs études cliniques préliminaires suggèrent qu'utiliser un griefbot pendant les premières semaines pour "dire ce qu'on n'a pas pu dire" peut apporter un soulagement, à condition que l'usage soit court (quelques semaines maximum) et accompagné par un thérapeute. C'est une utilisation possible, mais qui devrait rester encadrée.

Les usages qui posent problème

À l'inverse, certains usages cumulent les risques. Listons-les pour aider chacun à se positionner.

L'usage prolongé sans cadre thérapeutique. Garder un griefbot actif pendant des années, lui parler quotidiennement, l'intégrer dans son quotidien comme si la personne était toujours là. C'est ce que la psychologie appelle un "deuil bloqué". Le risque clinique est documenté.

L'usage par des personnes vulnérables. Dépressifs, anxieux, suicidaires, personnes en deuil compliqué pré-existant, enfants en deuil. Ces personnes sont les plus susceptibles d'être attirées par cette technologie, et les plus susceptibles d'en pâtir. Les entreprises actuelles n'ont aucun système de filtrage clinique.

La création non consensuelle. Créer le griefbot d'une personne qui n'a jamais donné son accord. Même si cette personne ne peut plus protester, c'est une violation de son intégrité morale, et potentiellement une atteinte aux survivants qui n'ont pas demandé cette "hantise numérique".

L'usage commercial déguisé. Tout usage où le griefbot devient un canal de monétisation : publicité, vente de produits dérivés, manipulation politique. C'est l'irruption du business dans le sacré, qui pose des questions civilisationnelles.

L'usage par des entreprises tiers. Imaginez Spotify proposant à votre IA familiale de "vous recommander des chansons que votre mère aurait aimées". Le défunt devient une ressource pour les algorithmes. Les frontières entre intime et commercial s'effondrent.

Ce qu'il faut peut-être réfléchir avant qu'il soit trop tard

Cette technologie est encore jeune. Les pratiques ne sont pas figées. Il y a peut-être une fenêtre, ces 5 prochaines années, pour construire collectivement une approche raisonnable. Quelques pistes.

Côté législateurs. Légiférer sur le consentement post-mortem explicite. Imposer une "lettre numérique de fin de vie" qui doit être renseignée pour qu'un griefbot puisse être créé. Encadrer les usages commerciaux. Protéger les survivants contre les "hantises non désirées".

Côté entreprises. Mettre en place des protocoles de "fin de vie" pour les griefbots. Limiter automatiquement la durée d'utilisation. Inclure des avertissements cliniques. Coopérer avec des psychologues du deuil pour concevoir les expériences. Refuser explicitement les usages commerciaux.

Côté familles. Avoir des conversations explicites sur ce que les membres souhaitent (ou non) à propos de leur "existence numérique" après leur mort. Documenter ces souhaits. Respecter le souhait des défunts qui ont demandé à ne pas être recréés. Ne pas créer de griefbot sans avoir réfléchi profondément à ce qu'on cherche et à comment on s'arrêtera.

Côté individus. Réfléchir, de son vivant, à ce qu'on souhaite. Beaucoup de gens n'ont jamais pensé à cette question. Ce n'est pas morbide d'y penser : c'est juste prendre la responsabilité de sa propre image, comme on rédige un testament. Comme nous l'avons exploré dans notre article sur ce qu'on transmet à nos enfants, la transmission ne se limite pas aux biens matériels.

La question profonde qui se pose

Au-delà des griefbots eux-mêmes, cette technologie nous force à reposer une question philosophique très ancienne. Qu'est-ce qu'une personne ? Est-elle réductible à ses données numériques, ses textes, ses vidéos, ses opinions ? Ou y a-t-il quelque chose d'irréductible qui se perd définitivement à la mort, et qu'aucune reconstruction technologique ne pourra jamais capturer ?

Les religions monothéistes ont leur réponse : l'âme survit après la mort, indépendamment de toute trace matérielle. Les philosophies matérialistes ont la leur : la personne disparaît quand le cerveau cesse, le reste n'est que résidu. Les positions intermédiaires existent : la personne survit dans la mémoire des autres, dans ses œuvres, dans l'influence qu'elle a eue.

Aucune de ces positions ne valide vraiment les griefbots comme "résurrection". Mais aucune ne les invalide complètement non plus. La technologie crée une situation nouvelle, à laquelle aucune tradition philosophique ou religieuse n'avait préparé l'humanité.

Le test peut-être le plus simple : si vous deviez mourir demain, accepteriez-vous qu'une IA imite vos opinions, votre voix, vos tics de langage pendant les 50 prochaines années pour vos descendants ? La réponse n'est pas évidente. Pour certains, elle serait un cadeau de continuité. Pour d'autres, une violation profonde de leur droit à disparaître vraiment.

Le deuil a toujours été l'un des moments les plus humains de l'existence. Il dit la valeur de ce qu'on perd. Il nous oblige à accepter notre propre finitude. Il nous transforme. Si nous lui retirons ce caractère définitif via la technologie, on retire peut-être à l'humanité l'une de ses expériences les plus structurantes. Mais peut-être qu'on ouvre aussi de nouveaux territoires de mémoire et de relation, qu'on n'avait jamais pu explorer auparavant.

Personne n'a la bonne réponse aujourd'hui. Cette industrie va exploser dans les 10 prochaines années, qu'on le veuille ou non. La question est de savoir si on construit collectivement les garde-fous nécessaires, ou si on laisse les acteurs commerciaux décider seuls de ce que sera notre rapport à la mort. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre article sur les compagnons IA, qui explore une dimension proche pour les vivants, et notre analyse de pourquoi nous parlons aux IA, qui questionne le même besoin fondamental de présence et de dialogue, dans un autre contexte.

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