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À quoi bon chercher si l'IA trouve tout ?

Une communauté de passionnés vient de fermer parce que l'IA rendait leur défi trop facile. Pourtant, les échecs n'ont pas disparu après la victoire des ordinateurs. Ce que l'IA ne peut pas nous prendre.

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Pendant des années, des bénévoles ont passé leurs soirées à reconstituer, ligne par ligne, le code de vieux jeux vidéo. Un travail lent, difficile, gratifiant. Cette semaine, leur site de référence a fermé : une IA fait désormais en quelques jours ce qui leur prenait des années.

Leur histoire pose une question qui nous concerne tous, bien au-delà des jeux vidéo. Pourquoi continuer à faire soi-même ce qu'une machine fait mieux et plus vite ?

Le précédent des échecs

En 1997, l'ordinateur Deep Blue bat le champion du monde d'échecs, Garry Kasparov. Beaucoup prédisent alors la fin du jeu. Pourquoi jouer, puisque la machine est imbattable ?

Près de trente ans plus tard, jamais autant de gens n'ont joué aux échecs. Des millions de parties se disputent chaque jour en ligne. Les ordinateurs ne les ont pas tués : ils sont devenus des partenaires d'entraînement, des professeurs, des outils d'analyse. Les humains continuent de jouer entre eux, parce que ce qui compte n'est pas de trouver le meilleur coup. C'est de le chercher, face à quelqu'un.

Un hélicoptère au sommet de l'Everest 🏔️
En 1923, on demande à l'alpiniste britannique George Mallory pourquoi il veut gravir l'Everest. Sa réponse est restée célèbre : parce qu'il est là. En 2005, un pilote d'essai français, Didier Delsalle, pose un hélicoptère au sommet de la plus haute montagne du monde, une première. Depuis, des milliers d'alpinistes ont pourtant continué à grimper à pied, au prix d'efforts immenses. Personne n'a jamais escaladé l'Everest pour arriver en haut le plus vite possible.

Le résultat et le chemin

Il faut distinguer deux sortes d'activités.

Certaines, on les fait pour le résultat. On décompile un jeu pour obtenir son code, on traduit un texte pour le comprendre, on calcule pour connaître la réponse. Pour celles-là, si une machine fait mieux, il est raisonnable de lui confier la tâche.

D'autres, on les fait pour le chemin. Pour le plaisir de résoudre, la fierté d'y être arrivé, la compagnie de ceux qui cherchent avec nous. Celles-là, aucune machine ne peut nous les prendre. Le plaisir de résoudre une grille de mots croisés ne disparaît pas parce qu'il existe des solutions au dos du journal.

Au XVIIIe siècle, le philosophe allemand Lessing écrivait que si on lui proposait de choisir entre toute la vérité, offerte d'un coup, et la seule recherche de la vérité, il choisirait la recherche. Ce n'était pas une coquetterie : c'était l'idée que chercher est une manière d'être vivant.

Ce qui a vraiment cassé

Le cas des décompilateurs est pourtant instructif. Ce qui a brisé leur communauté, ce n'est pas seulement l'IA. C'est un compteur : le pourcentage de progression affiché pour chaque projet. Tant qu'il mesurait l'effort humain, il motivait. Quand il est devenu possible de le faire grimper avec une IA, il ne mesurait plus rien.

La leçon est précieuse. L'IA menace surtout les activités dont on a fini par mesurer le sens au résultat. Si l'on joue aux échecs pour le classement, ou si l'on cherche seulement pour la case cochée, la machine gagnera. Si l'on cherche pour le plaisir de chercher, elle n'a aucune prise.

Il ne faut pas pour autant minimiser ce qui a été perdu. Une communauté qui se dissout, ce sont des amitiés, des habitudes, une fierté collective. Ce chagrin est réel. Il faudra inventer d'autres raisons de se retrouver.

Ce qu'on retient

Les IA trouvent de plus en plus de réponses. C'est une bonne nouvelle, quand on a besoin de la réponse.

Mais elles ne pourront jamais nous donner le plaisir de les avoir cherchées. Celui-là, il faudra continuer à se le donner nous-mêmes.

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