Il pèse moins qu'un trombone. Il tient dans une paume. Et il vient d'enchaîner dix saltos arrière en onze secondes.
Des chercheurs du MIT ont présenté un nouveau système de pilotage pour leur micro-robot volant. La machine n'a pas changé. Le logiciel qui la commande, si — et sa vitesse a été multipliée par environ cinq et demi.
Pourquoi voler petit est si difficile
On imagine qu'un petit robot volant est une version réduite d'un drone. C'est l'inverse : plus c'est petit, plus c'est dur.
Un drone classique est stable. Il est lourd, ses hélices tournent vite, et l'air se comporte autour de lui de façon prévisible. Il suffit de corriger doucement.
À l'échelle d'un insecte, plus rien de tout ça ne tient. L'air devient visqueux, comme du miel pour un objet de cette taille. Les ailes battent au lieu de tourner, ce qui crée des tourbillons différents à chaque battement. La machine est si légère qu'un souffle la déporte. Et il faut corriger des centaines de fois par seconde.
Écrire les équations de tout ça est à peu près impossible. C'est pour cette raison que les vrais insectes volent mieux que nos meilleurs robots depuis toujours.
Plutôt que de modéliser la physique, on laisse le système essayer. Des millions de vols sont simulés, la machine plante des millions de fois, et ce qui marche est conservé. C'est de l'apprentissage par renforcement, la même méthode qui a appris aux modèles de langage à répondre correctement. Sauf qu'ici, le succès ne se mesure pas en réponses appréciées, mais en « est-ce que le robot est encore en l'air ». Le critère est brutal et parfaitement clair, ce qui rend l'apprentissage beaucoup plus propre.
À quoi ça peut servir
Les applications avancées par les chercheurs tournent toutes autour d'un même avantage : aller là où rien d'autre ne passe.
Chercher des survivants dans un bâtiment effondré, entre des dalles où un chien ne peut pas se glisser. Inspecter l'intérieur d'un moteur ou d'une canalisation sans rien démonter. Polliniser sous serre.
Ce dernier point est celui qui revient le plus souvent dans ces recherches, et il faut le prendre avec prudence : remplacer des abeilles par des robots n'est pas une solution au déclin des pollinisateurs, c'est un aveu.
Ce que ça dit du reste
Il y a un point qui dépasse largement ce robot.
Pendant des décennies, améliorer une machine voulait dire améliorer la machine : un meilleur moteur, un matériau plus léger, une pièce mieux usinée. Ici, le matériel est resté identique et la performance a été multipliée par cinq.
Cela se reproduit partout. Un même appareil photo prend de meilleures photos qu'il y a trois ans grâce au traitement logiciel. Une même voiture freine mieux. Une même prothèse s'adapte mieux à celui qui la porte.
Ce déplacement a une conséquence agréable et une autre moins : ce que vous possédez peut s'améliorer sans rien acheter, et ce que vous possédez dépend de quelqu'un qui décide de continuer à l'améliorer.
Le détail qui reste
Onze secondes pour dix saltos, c'est très joli en vidéo. Mais le chiffre qui compte, dans ce domaine, est celui dont on parle le moins : l'autonomie.
Un robot de cette taille ne peut pas emporter beaucoup de batterie, et battre des ailes consomme énormément. Tant que ces machines volent quelques minutes, elles restent des objets de laboratoire.
C'est la même histoire que pour les robots humanoïdes sortis de chaîne il y a dix jours : les démonstrations impressionnent, et ce sont les chiffres ennuyeux qui décident de ce qui sort du laboratoire.