Le 1er octobre, une fusée SpaceX a décollé de Californie avec des dizaines de satellites à bord. Parmi eux, une boîte de la taille d'un réfrigérateur. À l'intérieur : quatre puces d'intelligence artificielle conçues par Google.
C'est la première étape d'un projet baptisé Suncatcher, « l'attrape-soleil ». Son ambition : installer un jour des centres de données dans l'espace.
Pourquoi aller si loin
La réponse tient en un mot : l'énergie. Les centres de données qui font tourner l'IA consomment des quantités colossales d'électricité. Selon l'Agence internationale de l'énergie, ils pourraient utiliser environ 3 % de l'électricité mondiale d'ici 2030, deux fois plus qu'aujourd'hui.
Sur Terre, cette faim pose des problèmes de plus en plus visibles. Nous les avons racontés : des data centers qui construisent leurs propres centrales, des riverains qui n'en veulent plus.
Dans l'espace, le satellite de Google tourne sur une orbite choisie pour que ses panneaux solaires ne soient presque jamais à l'ombre. Il reçoit donc du soleil en continu, sans avoir besoin de lourdes batteries. Le responsable du projet le résume ainsi : le soleil produit presque toute l'énergie de notre système solaire, et toutes les autres sources que l'humanité exploite n'en représentent qu'une infime fraction.
Ce que fait ce premier satellite
Google le présente lui-même comme un test très minimal. Il s'agit surtout de vérifier que les puces survivent au voyage et fonctionnent dans l'espace. Elles vont faire tourner Gemma, un modèle d'IA de Google, pour répondre à des questions simples.
Avant le départ, le satellite a été secoué pour simuler le décollage, placé dans une chambre qui reproduit le vide spatial, et ses puces ont été bombardées de particules pour tester leur résistance aux radiations.
L'an prochain, Google prévoit d'envoyer deux autres satellites pour tester leur communication par laser. À terme, l'entreprise imagine des grappes de satellites, chacun équipé de dizaines de puces, reliés entre eux et à la Terre par des faisceaux lumineux.
C'est le paradoxe que peu de gens connaissent. Une puce qui calcule chauffe. Sur Terre, on évacue cette chaleur avec de l'air ou de l'eau. Dans le vide spatial, il n'y a ni l'un ni l'autre : la chaleur ne peut s'échapper qu'en rayonnant, à travers de grands radiateurs. C'est pour ça que les puces de ce satellite ne travailleront que par séances d'un quart d'heure. Et ces radiateurs comptent parmi les pièces les plus lourdes de l'engin, ce qui coûte cher au moment du lancement.
Google n'est pas seul
L'an dernier, une jeune entreprise, Starcloud, a déjà envoyé une puce Nvidia en orbite. SpaceX dit vouloir déployer des satellites de calcul pour l'IA dès 2028. Nvidia a présenté une version de ses puces pensée pour l'espace. L'idée, qui relevait de la science-fiction il y a deux ans, est devenue une course.
Les doutes
Les obstacles restent immenses. Les fusées qui lancent ces satellites brûlent du carburant, ce qui relativise le bilan écologique. Les débris spatiaux menacent n'importe quelle installation en orbite. Et personne ne sait quand, ni même si, ces centres de données deviendront rentables : un analyste du cabinet Gartner estime que l'idée n'a pas de sens économique.
Le responsable du projet lui-même ne pense pas que les centres de données spatiaux remplaceront ceux de la Terre de sitôt.
Ce qu'on retient
Ce satellite ne va pas révolutionner l'IA demain. Mais il dit quelque chose de l'époque : la faim d'énergie de l'IA est devenue si grande que les plus grandes entreprises du monde regardent désormais vers le ciel pour la nourrir.
Et il y a peut-être une autre raison, moins avouée : dans l'espace, il n'y a pas de voisins pour se plaindre du bruit.