Ses créateurs l'ont surnommé « Le Chonk ». Sur internet, le mot désigne affectueusement un chat un peu trop bien nourri.
Ici, il désigne le plus gros modèle d'intelligence artificielle jamais construit par Mistral, la start-up française devenue le symbole de l'IA européenne. Il s'appelle officiellement Mistral Large 4, et il a été dévoilé mardi.
Ce qu'est Large 4
C'est un modèle d'environ 1 000 milliards de paramètres, ces réglages internes qui déterminent ses réponses. Mais il n'en utilise qu'environ 49 milliards à la fois : selon la question, seule une partie du modèle se met au travail, un peu comme dans un grand hôpital où l'on ne consulte que les spécialistes concernés. Nous expliquions ce principe dans notre article sur l'architecture en « mélange d'experts ».
Il comprend nativement le texte et les images, et il a été entraîné sur des contenus dans plus de 160 langues. Mistral l'a construit de A à Z, sur 3 800 puces Nvidia installées dans ses propres centres de données en Europe, et c'est aussi depuis l'Europe qu'il est proposé.
Pour l'instant, il s'agit d'une version de test publique, accessible aux développeurs. Mistral promet de publier ses poids, c'est-à-dire le modèle lui-même, téléchargeable par tous, d'ici la fin du mois, après une série de tests de sécurité menés avec des spécialistes de la cybersécurité, des partenaires et des autorités publiques. Son prix n'a pas encore été annoncé.
Ce que revendique Mistral
L'entreprise présente Large 4 comme le meilleur modèle ouvert venu des États-Unis ou d'Europe, tous tests confondus. Elle le dit à la pointe pour la cyberdéfense, l'industrie et la finance, et même supérieur aux meilleurs modèles fermés pour repérer précisément des éléments dans une image.
Comme toujours, ces affirmations viennent de l'entreprise elle-même. Un classement indépendant donne une idée plus mesurée : selon l'indice d'Artificial Analysis, Large 4 obtient 38 points, contre 9 pour son prédécesseur Large 3. Le bond est spectaculaire. Mais Claude Opus 5.5, l'un des meilleurs modèles américains, y obtient 58.
Mistral se compare aux modèles ouverts américains et européens. Ce n'est pas un détail : aujourd'hui, les modèles ouverts les plus puissants viennent souvent de Chine, comme ceux des familles GLM, Qwen ou Kimi. Être le meilleur modèle ouvert hors de Chine est une vraie réussite, et un argument de poids pour les entreprises qui ne veulent pas dépendre d'un modèle chinois. Mais cela rappelle aussi que la course aux modèles ouverts se joue en grande partie ailleurs.
Pourquoi c'est important pour l'Europe
Large 4 n'est pas seulement un modèle de plus. C'est un modèle conçu, entraîné et hébergé en Europe, de bout en bout.
Pour une entreprise ou une administration européenne, ce n'est pas qu'une question de fierté. C'est une question de droit : des données traitées par une entreprise américaine peuvent, dans certains cas, être réclamées par la justice américaine, même si elles sont stockées en Europe. Nous l'expliquions dans notre article sur le Cloud Act. Un modèle européen, hébergé par une entreprise européenne, échappe à ce problème.
Et s'il est publié en accès libre comme promis, chacun pourra le faire tourner sur ses propres machines, sans dépendre de personne.
Ce qu'on retient
Mistral Large 4 n'est pas le meilleur modèle du monde. Il n'a pas besoin de l'être. Comme nous l'écrivions en septembre, compter ne demande pas d'être le premier.
Ce que Large 4 apporte, c'est un choix qui n'existait pas : un très bon modèle, bientôt ouvert, fabriqué et hébergé en Europe. Pour beaucoup d'entreprises européennes, c'est exactement ce qui manquait. Rendez-vous fin octobre, pour vérifier que les poids promis sont bien au rendez-vous.