Voici la météo des prix pour cette fin d'année. Une vaste zone de hausse s'est installée sur les téléphones, et elle progresse d'est en ouest.
En Inde, on relève 21 % de hausse en moyenne. Sur l'Asie-Pacifique, 19 %. Sur le Moyen-Orient et l'Afrique, 18 %. Les États-Unis restent à l'abri, avec 5 %.
Ces chiffres, publiés cette semaine par le média Rest of World d'après le cabinet Counterpoint, ne décrivent pas un caprice du marché. Ils décrivent un déplacement. Celui de la mémoire, la petite puce qui permet à votre téléphone de garder plusieurs applications ouvertes en même temps, et qui part désormais ailleurs.
Le téléphone à moins de 100 dollars s'efface
Selon le cabinet IDC, les ventes de smartphones à moins de 100 dollars ont chuté de près de 60 % au deuxième trimestre, par rapport à l'an dernier. En 2025, il s'en était vendu 173 millions dans le monde.
Un exemple suffit à comprendre. En Inde, le Redmi 15C de Xiaomi, un modèle d'entrée de gamme, coûtait 12 499 roupies à son lancement, en décembre, soit environ 140 dollars. En juin, il en coûtait 16 999. Le même téléphone, 36 % plus cher en six mois.
Les fabricants chinois, qui vendent environ six smartphones sur dix dans le monde, ont fortement réduit leurs projets de modèles d'entrée de gamme cette année. Pour eux, un téléphone à moins de 100 dollars n'est tout simplement plus rentable.
Où est passée la mémoire ?
Dans les centres de données de l'intelligence artificielle.
Trois entreprises, Samsung, SK Hynix et Micron, fabriquent plus de 90 % de la mémoire vive du monde. Or les puces d'IA ont besoin d'une mémoire très particulière, ultra-rapide, empilée en couches, qu'on appelle HBM. Elle se vend beaucoup plus cher, et rapporte beaucoup plus.
Les fabricants ont donc fait un choix simple : plutôt que de construire de nouvelles usines, ils ont réservé une part croissante de celles qui existent à la mémoire pour l'IA. Ce qui reste pour les téléphones, les ordinateurs et les consoles est devenu rare, donc cher. Micron a même arrêté fin 2025 sa marque grand public, Crucial, pour se consacrer à l'IA et aux entreprises.
Dans un téléphone bon marché, la mémoire comptait autrefois pour environ 15 % du prix des composants. Elle peut désormais en représenter la moitié. Sur un appareil à 100 dollars, il n'y a plus de marge pour absorber le choc.
La hausse touche aussi les modèles vendus en Europe, mais elle se voit moins sur les téléphones haut de gamme, où la mémoire pèse peu dans le prix total. Elle se sent surtout sur les petits budgets : les modèles à moins de 150 euros se raréfient, et les nouveautés sortent plus chères que les précédentes. Si vous comptiez changer un téléphone d'entrée de gamme, garder l'actuel un peu plus longtemps, ou passer par le reconditionné, peut valoir le coup.
Ceux qui paient le plus cher
Pour un Européen, quelques dizaines d'euros de plus sur un téléphone sont une mauvaise nouvelle. Pour une grande partie du monde, c'est une porte qui se ferme.
En Afrique, 81 % des smartphones vendus en 2025 coûtaient moins de 200 dollars. Les ventes de modèles à moins de 100 dollars y ont reculé de 34 % sur un an. Selon les chiffres repris par Rest of World, un appareil d'entrée de gamme représente déjà environ 44 % du revenu mensuel des 20 % les plus pauvres dans le monde, et 76 % en Afrique subsaharienne.
Or, dans beaucoup de ces pays, le smartphone n'est pas un gadget. C'est la banque, l'école, le marché, le seul accès à internet. Ivan Lam, du cabinet Counterpoint, résume ce qui se prépare : ce qui coûtait moins de 150 dollars pourrait bientôt coûter moins de 250, voire 300.
Une ressource partagée
On parle souvent de l'électricité et de l'eau consommées par l'IA. On parle moins de ses autres appétits. La mémoire en est un : une ressource limitée, produite par trois entreprises, que tout le monde se partage.
Nous l'avions vu avec la Chine, qui fabrique désormais sa propre mémoire en masse : chaque nouvelle usine change l'équilibre. Pour l'instant, cet équilibre penche nettement du côté des centres de données.
Ce qu'on retient
Quand on parle du coût de l'IA, on pense à la facture des entreprises qui la construisent. Mais une partie de ce coût est payée ailleurs, par des gens qui n'utiliseront peut-être jamais un assistant d'IA, et qui voient simplement le prix de leur premier téléphone s'envoler.
La météo n'annonce pas d'éclaircie rapide : les fabricants de mémoire préparent de nouvelles usines, mais elles ne tourneront pas avant plusieurs années. D'ici là, le téléphone à 100 dollars risque de rester un souvenir.