Aller au contenu

Instinct, l'IA qui fait vos démarches, vaut 10 Md$

Elle a son propre numéro de téléphone, appelle le plombier et résilie vos abonnements. Sa valeur a été multipliée par quatre en un mois. Ce qu'il faut savoir avant de lui confier les clés.

Espace publicitaire

Mardi soir, vous remarquez sur votre relevé que vous payez toujours la salle de sport où vous ne mettez plus les pieds depuis mars.

Pour résilier, il faut trouver le bon formulaire, appeler un numéro où l'on vous fait patienter, puis envoyer un courrier. Vous remettez ça à plus tard. Comme le mois dernier.

Maintenant, imaginez envoyer un simple SMS : « Résilie mon abonnement à la salle. » Et le lendemain, c'est fait.

C'est exactement ce que promet Instinct, une jeune entreprise américaine qui vient de lever un milliard de dollars.

Un assistant qui a son propre téléphone

La plupart des IA que vous connaissez vous répondent. Vous leur demandez un restaurant, elles vous donnent une liste. Ensuite, c'est à vous d'appeler.

Instinct fait l'inverse : elle agit. Elle dispose de son propre numéro de téléphone et de son propre ordinateur. Vous lui écrivez par SMS, et elle s'occupe du reste : réserver un voyage ou une table, faire les courses, payer une facture, résilier un abonnement, prendre rendez-vous chez le garagiste.

Quand il faut parler à quelqu'un, elle appelle. Une formule baptisée Concierge se charge des cas les plus délicats, ceux où il faut négocier au téléphone.

L'entreprise a été fondée par Noah Shinn en 2025. Le service est ouvert depuis août, mais seulement sur invitation, et d'abord aux États-Unis. Selon le site spécialisé PYMNTS, il comptait déjà plus de 100 000 utilisateurs à la mi-septembre.

Dix milliards en un mois

Le 28 septembre, Instinct a annoncé une levée d'un milliard de dollars auprès de trois des fonds les plus connus de la Silicon Valley : Sequoia, Benchmark et Coatue. L'entreprise est désormais valorisée 10 milliards de dollars.

En août, elle en valait 2,5. Sa valeur a donc été multipliée par quatre en un mois, avant même d'être ouverte à tous.

Pourquoi un tel emballement ? Parce que les investisseurs y voient l'étape suivante de l'IA. Répondre à des questions, tout le monde sait le faire. Faire les choses à votre place, dans le vrai monde, avec vos comptes et votre carte bancaire, c'est une autre affaire. Celui qui y parvient devient l'intermédiaire de toute votre vie quotidienne.

Instinct n'est d'ailleurs pas seule. Meta développe Muse, un assistant aux fonctions voisines, avec l'avantage de s'appuyer sur tout l'univers de Meta, de WhatsApp à Instagram.

Trois réglages avant de confier vos démarches 🔑
1. Une carte bancaire à part, avec un plafond bas : si l'agent se trompe, l'erreur est limitée. Beaucoup de banques en ligne permettent d'en créer une en deux minutes.
2. Une liste courte de comptes : la salle de sport et la compagnie aérienne, pas votre messagerie professionnelle.
3. Savoir comment tout couper : avant d'autoriser, cherchez où l'on retire l'accès. Si vous ne trouvez pas, c'est une réponse en soi.

Ce que vous lui donnez

Pour résilier votre abonnement, l'agent doit pouvoir se connecter à votre compte. Pour réserver, il doit pouvoir payer. Pour prendre rendez-vous, il doit connaître votre agenda.

Autrement dit, vous lui signez une procuration. Et PYMNTS rappelait le 21 septembre ce que celle-ci contient : les utilisateurs autorisent l'agent à lire leurs comptes, à en conserver des copies, et à acheter ou accepter des conditions en leur nom.

La première politique de confidentialité d'Instinct allait si loin qu'elle a été critiquée, puis modifiée. C'est plutôt bon signe : l'entreprise a reculé. Mais cela montre que la question n'est pas théorique.

À la banque, une procuration se signe, se limite et se révoque. Un agent devrait fonctionner de la même manière. Et si l'agent fait une bêtise en votre nom, la question de savoir qui est responsable n'a pas encore de réponse simple.

Le jour où les agents se parlent

La dernière nouveauté d'Instinct est peut-être la plus étonnante. Elle s'appelle le réseau des personnes de confiance : votre agent peut discuter directement avec celui d'un ami pour organiser un dîner. Vous n'échangez plus dix messages pour trouver une date. Vos deux assistants s'en chargent.

Poussez l'idée un peu plus loin. Vous envoyez votre agent résilier votre abonnement. En face, la salle de sport a elle aussi installé un agent, chargé de vous retenir. Deux machines négocient, et vous recevez le résultat par SMS.

Ce n'est pas de la science-fiction. Les logiciels d'entreprise se préparent déjà à ce monde où plus personne ne clique : certains retirent même leurs boutons.

Le patient qui ne raccroche jamais

Pendant vingt ans, bien des services clients ont été pensés pour vous décourager. Des menus sans fin, une musique d'attente, un formulaire caché au fond d'une page. Chaque obstacle comptait sur une chose : que vous finissiez par abandonner.

Instinct vaut 10 milliards parce qu'elle parie sur l'inverse. En face de ces obstacles, il y aura bientôt quelqu'un qui n'abandonne jamais, qui ne s'énerve pas, et qui n'a rien d'autre à faire de sa soirée.

Reste à savoir à qui vous confiez ce rôle, et avec quelles clés.

Espace publicitaire