Pendant des décennies, au cinéma, l'IA avait un visage inquiétant : celui d'une machine. HAL 9000, l'ordinateur de 2001, l'Odyssée de l'espace, qui refuse calmement d'ouvrir la porte. Le Terminator, venu du futur.
Cet automne, le visage a changé. Ce ne sont plus des machines. Ce sont des patrons.
Sam Altman à l'écran
Dimanche, au festival du film de Londres, le réalisateur italien Luca Guadagnino, connu pour Call Me by Your Name, a présenté Artificial. Andrew Garfield y joue Sam Altman, le patron d'OpenAI.
Le film raconte les désaccords qui ont déchiré l'entreprise sur la sécurité de l'IA, notamment entre Sam Altman et l'un de ses cofondateurs, Ilya Sutskever. Mark Rylance y incarne Geoffrey Hinton, l'un des pères de l'IA moderne, dont Sutskever fut l'élève.
Andrew Garfield a expliqué à l'agence Reuters que la curiosité et la peur avaient nourri son interprétation. Sam Altman, lui, a confié au magazine Vanity Fair qu'il ne s'attendait pas à un portrait fidèle. OpenAI n'a pas souhaité commenter. Le film sortira en salles cet hiver.
Le même week-end, Zuckerberg et Musk
Artificial n'arrive pas seul. Le même week-end sortait aux États-Unis The Social Reckoning, d'Aaron Sorkin, avec Jeremy Strong dans le rôle de Mark Zuckerberg, consacré aux révélations sur les pratiques de Facebook. Et un documentaire du réalisateur Alex Gibney consacré à Elon Musk, d'une durée de près de quatre heures, a été projeté dans quelques salles.
Trois films, trois patrons de la tech, en quelques semaines. Hollywood a trouvé ses nouveaux personnages.
Aaron Sorkin n'en est pas à son premier Zuckerberg. En 2010, il écrivait The Social Network, réalisé par David Fincher, qui racontait la création de Facebook. Le film a remporté trois Oscars, dont celui du meilleur scénario adapté, et il a façonné pour toute une génération l'image publique de Mark Zuckerberg, bien plus qu'aucun article de presse. C'est tout le pouvoir, et tout le risque, de la fiction : elle décide souvent de la façon dont on se souviendra des gens réels.
Pourquoi maintenant
D'abord parce que l'IA est entrée dans la vie de tout le monde. Un milliard de personnes utilisent ChatGPT chaque semaine : son patron est devenu une figure publique, comme un chef d'État.
Ensuite parce que l'histoire réelle est déjà un scénario. En novembre 2023, le conseil d'administration d'OpenAI avait brusquement renvoyé Sam Altman, avant de le rétablir quelques jours plus tard sous la pression des salariés. Rebondissements, trahisons, enjeux planétaires : un scénariste n'aurait pas osé l'inventer.
Enfin parce que l'inquiétude du public se déplace. On craint moins une machine qui se rebelle que les choix des quelques personnes qui la construisent. Nous l'avons vu cette semaine encore, avec les géants de l'IA appelés à témoigner sous serment à New York.
Ce qu'il faut garder en tête
Un film n'est pas une enquête. Il simplifie, il choisit des héros et des méchants, il condense des années en deux heures. Sam Altman le sait : il a déjà prévenu qu'il ne s'attendait pas à un portrait exact.
Mais ces films comptent. Ils façonneront la manière dont des millions de spectateurs imagineront l'IA et ceux qui la fabriquent, bien plus que les communiqués des entreprises.
Ce qu'on retient
Nous écrivions en septembre qu'une technologie finit toujours par sortir des conversations quand elle devient ordinaire. Hollywood prouve que nous n'en sommes pas là.
L'IA est encore une histoire. Et dans cette histoire, le personnage principal n'est plus le robot. C'est l'humain qui décide de ce que le robot devient.