Fin mars 2025, un site internet ouvre ses portes. On peut y fabriquer des vidéos avec l'intelligence artificielle, en quelques phrases.
Dix-huit mois plus tard, son fondateur annonce sur X que son entreprise tourne au rythme de plus d'un milliard de dollars de revenus par an. Plus vite, affirme-t-il, qu'OpenAI ou Anthropic n'y sont parvenus.
Cette entreprise s'appelle Higgsfield. Son histoire est l'une des plus spectaculaires de l'année. Et l'une des plus contrastées.
Higgsfield, c'est quoi ?
Higgsfield ne fabrique pas ses propres modèles de vidéo. Elle fait quelque chose de plus malin : elle rassemble les meilleurs modèles du marché dans un seul atelier, un peu comme un cinéma qui projetterait les films de tous les studios.
Par-dessus, elle ajoute des commandes de réalisateur : un travelling, un zoom, un mouvement de caméra précis, choisis en un clic. Le tout sert surtout à produire des publicités, des vidéos pour les réseaux sociaux et des courts films.
L'entreprise a été fondée par Alex Mashrabov, ancien responsable de l'IA chez Snapchat, et Yerzat Dulat. Elle revendique plus de 32 millions d'utilisateurs, dont près d'un million de clients payants. C'est la première licorne du Kazakhstan, pays d'origine de ses fondateurs.
Une ascension vertigineuse
Les chiffres donnent le tournis. D'après les annonces de l'entreprise, son rythme de revenus annuels était d'environ 20 millions de dollars en août 2025. Il atteignait 200 millions à la fin de l'année, 500 millions en juin, 700 millions en août, et donc plus d'un milliard fin septembre.
Les investisseurs ont suivi. Valorisée 1,3 milliard de dollars en janvier, Higgsfield a levé 400 millions en août sur la base d'une valorisation de 5,4 milliards, avec notamment le fonds DST Global, Goldman Sachs et Intel.
Ce milliard n'est pas ce que Higgsfield a encaissé en un an. L'entreprise prend ce qu'elle a gagné pendant ses quatre dernières semaines, et le multiplie par treize. C'est une photo de son rythme actuel, pas un bilan. Un très bon mois suffit à gonfler le chiffre, un mauvais à le faire retomber. Beaucoup d'entreprises de l'IA communiquent ainsi, mais il faut le savoir pour lire leurs annonces.
Pourquoi ça marche
Parce qu'elle ne dépend d'aucun modèle. Quand OpenAI a fermé l'accès des développeurs à Sora le 24 septembre, comme prévu, ceux qui construisaient dessus ont dû partir ailleurs. Un atelier qui propose tous les modèles n'a pas ce problème.
Parce que la publicité a trouvé son outil. Les revenus sous contrat avec des entreprises ont été multipliés par dix depuis juin, selon l'entreprise. Son patron résume le phénomène ainsi : dès qu'une marque voit que ses publicités fabriquées par IA rapportent, elle en commande toujours plus. Au passage, les abonnements, qui faisaient plus de 90 % des revenus au départ, n'en représentent plus qu'un peu plus de 60 %.
Parce qu'elle va vite. Nouvelles fonctions chaque semaine, présence massive chez les créateurs de contenu, et une entreprise qui se dit déjà rentable en trésorerie, quand la plupart de ses concurrents brûlent encore de l'argent.
La face cachée
Cette croissance a eu un prix, et il est documenté.
En février 2026, une enquête du magazine Forbes a révélé que les kits promotionnels fournis par Higgsfield à des créateurs contenaient des vidéos choquantes, dont des deepfakes de personnalités publiques réalisés sans leur accord, et que des images de banques de vidéos étaient présentées comme produites par l'outil. Des créateurs rémunérés pour promouvoir la plateforme se sont plaints de contenus disparus, de gains difficiles à retirer et de comptes bannis sans explication. Le 9 février, le compte X de l'entreprise a été suspendu. Un message, supprimé depuis, se vantait même d'avoir fait disparaître des emplois de créatifs.
Côté clients, les reproches portent sur des offres « illimitées » qui ralentiraient fortement en pratique, des utilisateurs intensifs bannis fin 2025 (l'entreprise affirme qu'il s'agissait de violations de ses règles de contenu), des crédits qui expirent et une politique de remboursement très stricte. Des plaintes ont été déposées auprès d'organismes américains de défense des consommateurs.
Higgsfield dit avoir depuis encadré son programme de créateurs avec des règles plus claires. Le produit, lui, est largement jugé efficace. Le problème ne vient pas de ce que l'outil sait faire, mais de la manière dont il a été vendu.
Ce qu'on retient
Higgsfield raconte bien l'époque. Une entreprise peut aujourd'hui atteindre des revenus colossaux en dix-huit mois, sans même fabriquer sa propre technologie. Elle peut aussi abîmer sa réputation aussi vite qu'elle grandit.
La vraie question pour la suite n'est plus de savoir si ça marche. C'est de savoir si la confiance peut rattraper la croissance. Les chiffres, eux, n'attendront pas la réponse. Pour mesurer le chemin parcouru, souvenez-vous qu'en mai, un film de 90 minutes réalisé avec Higgsfield arrivait à Cannes.
Commencez par une formule au mois plutôt qu'à l'année. Lisez ce que couvre exactement une offre « illimitée ». Utilisez vos crédits avant leur date d'expiration. Et vérifiez dans les conditions d'utilisation ce que la plateforme a le droit de faire de vos créations. Découvrir Higgsfield.
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