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En Chine, la Bourse ne voit plus que l'IA

Les entreprises qui vendent de quoi manger, s'habiller ou se laver sont au plus bas depuis dix ans. Celles de l'IA ont doublé. Ce que ce grand écart raconte.

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Imaginez deux boutiques dans la même rue.

La première vend du riz, du savon, des vêtements, des médicaments. Des choses dont tout le monde a besoin, tous les jours. La seconde vend des puces et des logiciels d'intelligence artificielle.

Depuis six mois, en Chine, les investisseurs font la queue devant la seconde. Et la première se vide.

Les chiffres

Selon Bloomberg, les indices boursiers qui regroupent les entreprises chinoises de biens de consommation ont perdu environ 18 % en six mois. Ils sont revenus tout près de leur plus bas niveau depuis dix ans.

Pendant ce temps, l'indice des valeurs technologiques, très chargé en entreprises d'IA, a plus que doublé par rapport à son niveau de 2016.

Et ce n'est pas qu'une question d'humeur des marchés. Lors de la dernière saison de résultats, les entreprises de produits de première nécessité ont annoncé des bénéfices inférieurs de près de moitié à ce qu'on attendait d'elles.

L'agence de presse économique résume la situation d'une image : les entreprises de consommation vivent une « décennie perdue », à l'ombre d'un pouvoir entièrement tourné vers l'IA.

Pourquoi l'argent part

Parce que l'IA raconte une meilleure histoire. Un investisseur ne paie pas seulement pour ce qu'une entreprise gagne aujourd'hui, mais pour ce qu'elle promet de gagner demain. Une marque de lessive promet de vendre un peu plus de lessive. Une entreprise d'IA promet de changer le monde. Le choix est vite fait.

Parce que l'État pousse dans ce sens. Pékin a fait de l'IA une priorité nationale, avec un plan à plus de 500 milliards de dollars pour quadrupler sa puissance de calcul. Quand un gouvernement désigne aussi clairement le secteur d'avenir, l'argent suit.

Parce que les consommateurs achètent peu. Les ménages chinois dépensent avec prudence, et les entreprises qui leur vendent en subissent directement les effets. Leurs mauvais résultats rendent l'IA encore plus attirante par contraste.

Le risque

Qu'un secteur prometteur attire l'argent, c'est normal. C'est même à ça que servent les marchés.

Le problème commence quand le mouvement devient si fort qu'il assèche tout le reste. Les entreprises qui fabriquent ce dont les gens ont réellement besoin ont plus de mal à trouver de l'argent pour investir, embaucher, se moderniser. Pendant ce temps, les capitaux se concentrent sur un pari unique.

Si ce pari réussit, tout le monde oubliera la décennie perdue. S'il déçoit, on découvrira qu'on a négligé l'essentiel pour une promesse. Ce genre de concentration a un nom quand elle tourne mal, et nous l'avons déjà évoqué à propos des montages financiers de l'IA américaine : une bulle.

Ce qu'on retient

La Chine n'est pas un cas à part. Partout, l'IA est devenue le sujet qui attire les regards et l'argent. Elle l'est simplement de façon plus visible là-bas, parce que l'État et les marchés tirent dans le même sens.

Mais une économie, ce n'est pas seulement ce qui promet le plus. C'est aussi ce qui nourrit, habille et soigne. Quand l'argent l'oublie trop longtemps, ce sont rarement les investisseurs qui paient l'addition.

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