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Dans l'Utah, une IA peut prescrire contre l'acné

Un questionnaire, une photo du visage, et quelques minutes plus tard une ordonnance. Sans rendez-vous chez le médecin. C'est une première aux États-Unis, très encadrée, et déjà très discutée.

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Pas de rendez-vous. Pas de salle d'attente. Vous répondez à un questionnaire sur votre téléphone, vous prenez une photo de votre visage, et quelques minutes plus tard, une ordonnance part vers la pharmacie.

Le tout pour 4,99 dollars par mois.

Depuis le 5 octobre, c'est possible dans l'Utah, aux États-Unis. C'est la première fois qu'un État américain autorise une intelligence artificielle à rédiger elle-même une première ordonnance.

Comment ça marche

Le service s'appelle Nolla Derm. Il est proposé par Nolla Health, une jeune entreprise new-yorkaise. Il s'adresse aux adultes de l'Utah qui souffrent d'acné légère à modérée.

Le patient remplit un questionnaire médical, puis scanne son visage. L'IA évalue la gravité de l'acné et, si elle s'estime sûre d'elle, choisit un traitement et rédige l'ordonnance. Les cas qui sortent du cadre, une acné sévère, une grossesse ou d'autres situations à risque, sont orientés vers un médecin.

Le contrôle humain diminue par étapes. Au début, un professionnel de santé valide chaque ordonnance avant qu'elle parte. Dans une deuxième phase, l'IA enverra directement les ordonnances, et des médecins les vérifieront toutes après coup, au moins une fois par semaine. Dans la dernière phase, ils n'en contrôleront plus qu'une sur dix chaque mois.

Huit crèmes, pas une de plus 🧴
L'IA ne choisit pas librement. Elle pioche dans une courte liste de traitements à appliquer sur la peau, approuvés à l'avance par des médecins, dont certains sont déjà vendus sans ordonnance. Elle ne peut prescrire aucun comprimé, aucun traitement hormonal, et surtout pas l'isotrétinoïne, le médicament le plus puissant contre l'acné, dont les effets secondaires imposent un suivi médical strict. Selon l'entreprise, les médecins étaient d'accord avec les choix de l'IA dans environ 96 % des 1 000 derniers cas, les désaccords portant surtout sur le dosage.

Pourquoi l'acné, et pourquoi l'Utah

L'acné a été choisie parce que c'est une affection très courante, bien connue, peu risquée, et traitée depuis des décennies avec des produits éprouvés. Pour beaucoup de patients, voir un dermatologue demande des semaines d'attente et coûte cher.

L'Utah, lui, a créé un « bac à sable réglementaire » : un dispositif qui permet de suspendre temporairement certaines règles pour tester un produit d'IA sous surveillance. L'État précise que participer à ce programme ne veut pas dire qu'il approuve ou recommande le produit. Il a d'ailleurs ajouté des auditeurs indépendants chargés de vérifier les affirmations des entreprises.

Ce qui inquiète

Le dispositif est très discuté. Au printemps, l'ordre des médecins de l'Utah avait demandé la suspension d'un premier programme, qui laissait une IA renouveler des ordonnances existantes.

Les questions sont nombreuses. Qui sera responsable en cas d'erreur ? Que deviennent les photos de visages envoyées à l'application ? Et surtout, jusqu'où ira-t-on ? L'entreprise dit vouloir étendre son service à d'autres maladies, tout en reconnaissant que certains médicaments, comme les opioïdes ou les stimulants, sont trop risqués pour être confiés à une IA.

Fin septembre, nous racontions que les médecins freinaient l'IA médicale au-delà du diagnostic, faute de preuves suffisantes. L'Utah vient de franchir ce pas, sur un terrain volontairement étroit.

Ce qu'on retient

Le titre « une IA prescrit sans médecin » n'est qu'à moitié vrai. Pour l'instant, des médecins valident chaque ordonnance, l'IA ne choisit que parmi huit crèmes, et les cas sérieux lui échappent.

Mais la direction est claire : des tâches médicales simples et répétitives pourraient, demain, se passer de rendez-vous. En France, ce n'est pas possible : une ordonnance ne peut être rédigée que par un professionnel de santé habilité. Pour savoir comment utiliser une IA pour sa santé sans prendre de risque, nous publions un guide en fin de journée.

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